Tuesday, December 2018

23e Sila: « Balak » dernier roman de Amari Chawki

Dans son dernier roman « Balak », un texte à la légèreté trompeuse, le romancier et chroniqueur Amari Chawki invite son lecteur à de profonds questionnements sur le hasard, le destin et le choix, relançant le débat sur la place de chacune de ces notions dans la vie  quotidienne.

Paru récemment aux édition Barzakh, ce roman de 173 pages est le deuxième d’une série de quatre romans à caractère scientifique, annoncée par l’auteur, et où il explore « le hasard, la gravité l’énergie et l’inconscient ».

« Balak » lance une énigme à rebours sur 43 jours pendant lesquels il relate le quotidien du jeune Balak, qui travaille comme rédacteur de modes d’emploi. Balak est aussi membre de la secte des « Zahiroune » dirigée par « le grand Zahir », un sorte de gourou qui croit à « la suprématie du hasard en tant que divinité » et non comme un « phénomène aléatoire et imprévisible ».

Suivant ce raisonnement où tout se réduit à une logique empirique pouvant expliquer le fait du hasard lui-même, Balak, par exemple, « allume une cigarette pour faire venir le bus plus rapidement » tout en étant certain de faire partie des fumeurs qui ne seront pas malades, vole un téléphone « pour sortir sa propriétaire de la monotonie » et l’offre à un petit garçon qui « ne se trouvait pas là par hasard », et rencontre dans le bus la jolie Lydia qui arrive à tenir un débat sur le hasard, en défendant le destin.

Le récit de Amari Chawki se passe entièrement à Alger, entre les grandes artères de la capitale et la Casbah, où la secte tient ses réunions secrètes dans des douches publiques.

A la Casbah, « la vieille ville qui tangue au bord de l’écroulement », Balak est pris en filature par un « suiveur »  professionnel travaillant à mi-temps pour le bureau de la direction des sectes au ministère de l’Intérieur.

Ce service, qui surveille les activités des différentes sectes et les classe par « ordre de dangerosité », a pour mission de traquer la diversité des points de vue convaincu qu’il est de « la perfection du chiffre un et de la pensée unique », ironise le narrateur.

Avec une bonne touche d’humour et de dérision, l’auteur tente de démêler l’écheveau des croyances liées au destin et au hasard par un discours scientifique complexe, dans un monde où « il faut aller vite sans aller loin et rester sûr de tout en avançant vers l’aléatoire ».

Philosophique, ce roman interpelle le lecteur à qui il offre des alternatives, où le libre arbitre donne tout son sens au choix et à la responsabilité de l’homme face à fatalité et au destin.

Géologue de formation, Amari Chawki qui explorait la gravité dans « L’âne mort » (2014), réussit encore une fois, à travers Balk, à trouver un équilibre entre le discours et le jargon scientifiques, et la littérature.

Né en 1964 à Alger, Ammari Chawki avait publié son premier roman en 2006, « Après-demain », suivi par « Le faiseur de trous » (2007), le récit « Nationale 1 » (2008), et « L’âne mort ».

L’auteur est également chroniqueur et caricaturiste. Plus récemment, il a été engagé par Karim Moussaoui en tant qu’acteur dans son film « En attendant les hirondelles ».

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