Saturday, August 2019

Célibat en Algérie : 11 millions de femmes sur 18 espèrent à un conjoint (reportage)

La vie se complique de plus en plus. Des difficultés en tous genres font que l’union conjugale demeure un mirage. Entre un manque cruel en matière de logements, le chômage, l’envie de s’exiler et aller au-delà (des deux sexes), les exigences parfois insoutenables des deux parties, le mariage a de plus en plus de quoi justifier son retard.

L’Algérie ne fait désormais plus exception quant au recul de la moyenne d’âge de mariage. En effet, selon des statistiques recoupées ici et là, 11 millions de femmes sont célibataires sur les 18 millions recensées dont 5 millions de femmes de plus de 35 ans qui sont encore célibataires. Sur les 9 millions de femmes algériennes en âge de se marier et procréer, 50% ne trouvent pas de maris. Là, une question se pose d’elle-même : Pourquoi autant de célibataires ? Selon les spécialistes, la réponse est claire.

Le mariage tardif s’explique, pour certains,  par le nombre de femmes de plus en plus décidées à tenir leur destin en main. Avec leur présence en force dans le monde de l’éducation, les femmes investissent de plus en plus dans le savoir et la promotion sociale. Elles sont majoritaires dans l’éducation et l’enseignement supérieur : 57 % des étudiants et élèves sont des filles. Si dans le passé, les filles avaient des prétendants dès leur jeune âge, ce n’est plus le cas de nos jours. Pour preuve, bon nombre de filles ne se marient qu’à la trentaine, alors que plusieurs femmes atteignent même la quarantaine et ne trouvent toujours pas de conjoint. Sans nul doute, retarder le mariage (si c’est uniquement le cas) engendre des conséquences nuisibles. Il a fait de notre société celle de célibataires. Si l’homme n’a pas trop  à s’inquiéter, pour les filles par contre, c’est un réel casse-tête. En un mot : le célibat est devenu, ces dernières années, un véritable embarras dans notre pays, et le nombre de célibataires ne cesse d’augmenter.

 La pression de la famille 

Est-ce facile de vivre en célibataire? Certainement pas. Si dans le monde civilisé, le célibat est vécu et entièrement assumé, dans les pays musulmans, il est tout simplement considéré comme une imperfection réductrice aussi bien pour l’homme que pour la femme. Notre société n’est pas tolérante vis-à-vis du célibat, et c’est le célibat féminin qui alimente le plus souvent les commentaires et les discussions, non pas celui des hommes et « nos traditions ne savent plus comment imposer leurs règles et approches contre le célibat prolongé». Dans une société ou la jeunesse est livrée à elle-même, l’heure est aux comptes.

« Que voulez-vous que je vous dise. Un mari, ce n’est pas quelque chose que l’on pourrait s’offrir de chez l’épicier du quartier. C’est un rêve de toute jeune fille encore célibataire comme moi en attendant que la chance, si de cela dépend vraiment, soit de mon côté et en finir avec ce climat infernal que je vis, pourtant parmi les miens », a ironisé Naima. Diplômée de la fac de Droit de Ben Aknoun (Alger), cette jeune femme âgée que de 25 ans, «reconvertie» en journaliste s’est dite « ne rien comprendre à l’attitude de sa famille » particulièrement un des ses frères. Ce dernier, a-t-elle encore témoigné, tente tout pour faire de ses jours un « véritable cauchemar » duquel elle voudrait se réveiller. « Ma pauvre maman est incapable de me défendre. Pis : elle ne cesse de me rappeler qu’à mon âge, j’aurais du être mariée depuis bien longtemps. Pour moi, c’est une angoisse au quotidien que je n’arrive plus à supporter suite à quoi je songe à accepter le premier qui se présente, demander ma main. Je n’en peux plus », a-t-elle dit. Combien y-a-t-il de    Naïma ? Une dizaine, des centaines, des milliers ? On ne le saura jamais mais ce qui par contre sûr et même certain c’est que la vie de Sabrina, n’en diffère pas trop. À première vue, elle parait comme toutes les filles de son âge. Elle a bouclé ses 25 printemps le mois de janvier dernier. Ingénieur en statistiques et techniques bancaires, elle rêve de tout le temps de l’homme de sa vie. «J’ai terminé mes études, je commence vraiment à sentir le fardeau des ans peser sur moi et là je suis toujours célibataire. Chose pas évidente mais que voulez vous que je fasse. Cela ne dépend pas de moi car si c’était le cas au moment ou je vous parle j’aurais aimé avoir mon enfant dans mes bras », a-t-elle lancé non sans amertume. Et d’ajouter : il ne suffit pas d’avoir un fiancé pour se dire que les choses vont bon train. Ce n’est pas mon cas certes, mais des amies à moi le sont depuis des années, elles attendent toujours que la situation financière de leurs fiancés s’améliore pour faire la fête et à mon avis un smicard à moins de 50000 Da est condamné. Sabrina garde tout de même l’espoir d’enfiler un jour une robe blanche, avoir un enfant et se réveiller le matin aux côtés de l’homme de sa vie. Quant à Soraya qui se tenait juste ses côtés, dit avoir marre de se sentir vieille sans qu’elle ne puisse rien faire. «Me marier…oui je veux bien mais avant cela il faudrait que quelqu’un vienne demander ma main», s’est elle contentée de résumer une situation dont elle n’est pas la seule à en souffrir.

Le célibat…le chemin le moins court au suicide

Être célibataire jusqu’à un certain âge et tolérable. Or au-delà des trentaines particulièrement pour la femme, cela est traduit étant un manque en soi-même. Pourquoi suis-je toujours célibataire ? Qu’ai-je de moins par rapport à mes amies, cousines et voisines ? Ce sont là autant de questions que se posent la plupart des filles célibataires âgées de plus de 30 ans. Â force de se poser les mêmes questions et d’aller chercher des réponses la femme célibataire, malgré elle, se retrouve hantée par des idées diaboliques dont mettre fin à ses jours. Dans le même contexte Awatif Amoura, psychologue clinicienne à l’établissement de santé de proximité à Kouba, sans pour autant avancer des chiffres exacts, affirmera avoir reçu dans son bureau des célibataires se plaignant auprès d’elle de leur mauvais sort. « Oui le célibat a toujours eu des conséquences psychologiques néfastes sur les concernées. Le cas qui m’a longtemps marquée est celui d’une femme âgée de 45 ans qui, ayant perdu tout espoir a songé carrément au suicide » soulignera-t-elle. Et d’ajouter : au début j’ai eu du mal à la convaincre qu’elle n’en est pas la seule, et que ce n’est nullement de sa faute. «Il m’a vraiment fallu beaucoup d’efforts pour que je puisse à la fin la faire revenir sur sa décision», a reconnu la psychologue. Awatif Amoura estimera, également, que le recul de l’âge du mariage demeure l’une des principales raisons de dépression chez bon nombre de femmes. Enfin, elle interpelle les parents à être plus compréhensifs avec leurs filles et de les aider psychologiquement au lieu de les responsabiliser de leur destin. «Comment voulez-vous qu’une femme célibataire âgée de plus de 30 ans aie un moral solide quand elle est rejetée par tout son entourage ? Si notre société n’est pas tolérable avec elle, la famille est appelée à lui garantir un climat loin de toute pression», notera-t-elle.

Input your search keywords and press Enter.