Dr Taileb Mohammed du CAMRA à DMA : « Nous n’avons pas violenté les policiers »

Dans cet entretien Dr Taileb Mohammed, membre du comité autonome des médecins résidents algérien (CAMRA), nous explique ce qui s’est passé le 3 janvier dernier, à l’entrée de l’hôpital Mustapha Pacha à Alger, entre les médecins résidents et les services de sécurité. Il a également clarifié davantage, les revendications des futurs médecins spécialistes qui mènent depuis des semaines une grève illimitée.

DMA : Vous menez depuis plusieurs semaines, un mouvement de protestation qui mobilise la quasi-totalité des médecins résidents du pays. Quelles sont vos principales revendications?

Notre principale revendication est liée à l’abrogation de l’obligation du service civil. Nous ne sommes pas contre cette mesure, mais lui donner un caractère d’obligatoire, constitue une violation de la Constitution algérienne. Cette dernière garantit l’égalité entre les citoyens, hors le service civil ne l’assure pas. Je me m’explique, un médecin âgé de 30 ans ne bénéficie pas des mêmes largesses qu’un citoyen ordinaire du même âge que lui. Il ya aucune autre catégorie de diplômés en Algérie qui est soumise à une obligation de passer un service civil dans une structure publique. Les médecins spécialistes sont les seules qui passent le service civil et le service national pour les médecins hommes.

Je démens formellement ces allégations infondées. Nous avons manifesté pacifiquement, vêtus de blouses blanches, nous n’avions que nos voix pour réclamer nos droits.

Nos autres revendications sont liées à la disponibilité des moyens de travail et à la sécurité. Aussi, nous avons formulé d’autres revendications d’ordre pédagogique. Il faut savoir que le statut du médecin résident est flou. D’un côté, on nous dit que nous ne sommes pas des fonctionnaires, c’est-à-dire que nous n’avons le droit d’avoir un syndicat ou de bénéficier des œuvres sociales, et de l’autre, on subi des pressions professionnelles terribles. Nous avons fait part de notre doléance de revoir notre système de formation post-graduée. On nous impose un rythme d’examens comme si nous sommes encore à l’école primaire.

DMA : Vous avez rencontré le ministre à plusieurs reprises, pensez-vous que la tutelle vous-a tourné le dos ?

La tutelle a été incapable de répondre à nos doléances. Le ministre de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière avec lequel nous nous sommes réunis, s’est engagé de porter nos revendications aux autorités compétentes. Or, quatre semaines après, il rejette la balle sur les autres ministères. Au sujet du service national, il nous renvoie au ministère de la Défense nationale, et aux questions dépendant de son secteur, il se dit dans l’incapacité de les régler. A titre d’exemple, il refuse de toucher au statut du médecin résident par crainte de voir les pharmaciens et les A.T.S formuler la même revendication les concernant. Le ministre n’a pas aussi donné une réponse à notre principale revendication à savoir la suppression du service civil. C’est dire qu’il n’y a jusque-là, aucune avancée palpable.

DMA : Certains vous accusent de ne pas assurer le service minimum, et par conséquent de pénaliser les patients, qu’avez-vous à répondre à ce sujet ?

Contrairement aux rumeurs, les médecins résidents assurent le service minimum. Le citoyen est pénalisé par le système de santé en Algérie et non par les médecins résidents. Le citoyen souffre, au quotidien, des manquements constatés dans les hôpitaux et dans les autres établissements sanitaires.

DMA : Après les images de violence à l’égard des médecins lors de la manifestation d’Alger, des informations faisant état d’agression contre la police notamment par le « jet de pierre » de la part des manifestants ont circulé. Y a-t-il eu usage de la violence par les médecins ?

Je démens formellement ces allégations infondées. Nous avons manifesté pacifiquement, vêtus de blouses blanches, nous n’avions que nos voix pour réclamer nos droits.

Les informations portées contre les médecins sont fausses, c’est parce que la question de dépôt de plainte de notre part a été abordée que des vidéos fabriquées de toutes pièces ont circulé le lendemain. Nous posons la question suivante par rapport à ces policiers que nous aurions soit- disant agressés. Des égratignures nécessitent-elles une hospitalisation? Par contre, le jour même de la manifestation, nous avons eu à soigner des policiers blessés après chocs avec leurs collègues.

DMA : Comptez-vous continuer la protestation ? Si oui, par quels moyens vous comptez poursuivre le mouvement ?

Dans un premier temps, le conseil de l’ordre des médecins recense les certificats médicaux délivrés aux médecins matraqués, et ce, à l’effet d’enclencher les dépôts de plaintes. Il faut savoir que nous avons enregistré une vingtaine de blessés, dont l’un est dans un état grave, il a été touché par une matraque métallique. Quant à nos prochaines actions, il a été décidé de boycotter le DMS.

DMA : Votre mouvement a enregistré un élan de sympathie de la part des syndicats autonomes, envisagez-vous d’entreprendre des actions en commun ?

Nous remercions tous ceux qui ont marqué leur soutien à notre mouvement, nous ne trouvons pas d’inconvénients à organiser des actions en commun, pour porter haut nos revendications socio-pédagogiques.

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