Comment Facebook peut être une menace sur la démocratie

Les réseaux sociaux  constituent-ils une menace pour la démocratie ? En tout cas, en poursuivant son examen de conscience entamé après l’élection de Donald Trump à la Maison Blanche en 2016, Facebook a reconnu lundi que les réseaux sociaux pouvaient affaiblir une démocratie et promettant de tout faire pour limiter ces risques.

 Son (du groupe) responsable de l’engagement civique Samidh Chakrabarti le dit clairement.  «Je n’ignore pas les dommages qu’internet peut causer, même au sein d’une démocratie qui fonctionne bien», a-t-il en effet écrit sur le blog de Facebook, en réponse à sa propre question: «Quels effets ont les réseaux sociaux sur la démocratie?» Il cite évidemment les fausses informations, les «fake news» qui empoisonnent Facebook depuis plus d’un an, mais aussi les bulles d’information ne soumettant à l’utilisateur que des informations et des avis auxquels il adhère déjà. Il mentionne aussi les messages à caractère haineux ou racistes. Le sujet qui l’inquiète plus que les autres, c’est l’image que donnent Facebook et les autres réseaux sociaux de l’état de l’opinion. Cette image peut «créer une distorsion dans la perception» qu’ont les politiques de l’avis du public. Certains utilisateurs s’expriment davantage que d’autres et se rendent ainsi plus visibles, ce qui peut amener les élus à surestimer leur poids dans la population. «Si les politiciens confondent l’avis d’une minorité avec celui de la majorité, cela peut entraîner de mauvaises décisions», prévient Samidh Chakrabarti. Ainsi, après avoir longtemps évité le sujet, Facebook semble désormais conscient que le pouvoir d’influencer l’existence de plus de deux milliards d’utilisateurs induit une responsabilité jamais vue dans l’histoire de l’humanité. «Est-ce vraiment assez?», a tweeté lundi John Battelle, spécialiste des médias et de la technologie, au sujet de cette nouvelle réflexion sur Facebook et la démocratie. Une fois n’est pas coutume, le groupe a convié une voix extérieure sur son blog: Cass Sunstein, professeur de droit à Harvard et auteur d’un ouvrage sur le sujet. «Les réseaux sociaux sont formidables pour la démocratie par bien des aspects, mais mauvais sur d’autres», écrit l’universitaire, pour lequel «ils demeurent un objet inachevé». Bien qu’assis sur une montagne de données, Facebook tâtonne pour régler les problèmes qu’il a lui-même causés. La dernière mesure en date, à savoir la hiérarchisation par les utilisateurs des sources d’information, ne fait pas l’unanimité et pourrait, préviennent certains, se révéler contre-productive.

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