Monday, October 2020

Grève des étudiants du 19 mai 1956: et le fusil remplaça la plume pour la libération de l’Algérie

La grève du 19 mai 1956 demeure le témoin du degré élevé de la conscience politique des étudiants durant la Guerre de libération nationale, en choisissant de sacrifier leur avenir scientifique et professionnel pour rallier les rangs de la lutte, battant ainsi en brèche la thèse colonialiste présentant la Révolution algérienne comme un simple fait de rébellion d’une bande de brigands et de voleurs.

En proclamant leur adhésion aux principes de la Déclaration de la Glorieuse Révolution du 1er Novembre, les étudiants algériens ont signifié, un certain jour du printemps de 1956, leur adhésion irrémédiable à la cause de leur peuple en favorisant le devoir national et la lutte pour la libération.

L’engagement des étudiants et lycéens dans l’action politique et armée a été une valeur ajoutée pour l’Armée de Libération Nationale (ALN). En effet, leur niveau d’instruction et leur maîtrise de la langue française leur ont permis d’occuper des postes de responsabilité dans la structure de l’action révolutionnaire et de faire connaître les objectifs de la révolution armée dans les fora internationaux, constituant ainsi une force de riposte et un contre écho à la propagande des autorités coloniales pour occulter les réels nobles objectifs de la Guerre de Libération Nationale.

Tous les historiens de la Révolution du 1er Novembre s’accordent à affirmer que le ralliement des étudiants des rangs de la lutte armée a été un saut qualitatif dans la trajectoire des événements de cette période cruciale. Le monde a découvert, ainsi, qu’il s’agit en fait de la révolution de tout un peuple contrairement à la thèse vulgarisée par les autorités françaises présentant le large soulèvement populaire en Algérie comme un simple mouvement de rébellion, mené par une bande de brigands.

Même si de nombreux étudiants avaient répondu, dès la première balle du 1er novembre 1954, à l’appel de la lutte en rejoignant les maquis, le tournant décisif pour cette élite demeure la création à Paris de l’Union générale des étudiants musulmans algériens (UGEMA) en 1955.

Cette organisation estudiantine a compté d’illustres noms de la Glorieuse révolution, dont certains sont tombés au champ d’honneur comme Taleb Abderrahmane, Amara Lounis, Ben Zerdjeb, Ben Baatouche et biens d’autres.

Le Congrès constitutif de l’Union avait notamment conclu à l’impératif pour l’étudiant algérien d’assumer ses responsabilités historiques vis-à-vis de la lutte que mène son peuple et de participer à la vie politique, ce qui a conféré à la cause algérienne une dimension politique et médiatique au niveau international.

Au mois de mars de l’année suivante, le 2e Congrès tenu à Paris a exigé de la France l’indépendance inconditionnelle à l’Algérie, la libération des militants détenus et l’ouverture de négociations avec l’unique représentant légitime du peuple algérien, à savoir: le Front de libération nationale (FLN). L’UGEMA marquera, ainsi, son adhésion totale au Mouvement de libération nationale.

Face à l’intransigeance des autorités coloniales et leur persécution de plus en plus accrue contre les étudiants, il a été décidé l’organisation d’une réunion à Alger où a été émise l’idée d’une grève ouverte. Une deuxième réunion, tenue juste après, a vu l’annonce de l’abandon des bancs de l’école partout en Algérie et même à l’intérieur et le ralliement des rangs de la lutte armée. Ce fut-là, une illustration magistrale du sens du nationalisme, du don de soi et de la fusion de tous les Algériens dans la lutte nationale.

Les diplômes ne feront pas de nous de meilleurs cadavres, leitmotiv d’étudiants qui ont remplacé leurs plumes par des fusils

L’appel à la grève a trouvé un large écho auprès des étudiants algériens qui ont instantanément choisi de déserter les bancs des universités et des écoles pour rejoindre les maquis. A ce titre, les historiens font état de 157 étudiants ayant rejoint les rangs de l’ALN au niveau de la wilaya IV historique, quelques jours seulement après le début de la grève.

Dans ce sillage, le moudjahid Mohamed Amine Khan, l’un des fondateurs de l’Union générale des étudiants algériens (UGEA) et rédacteur de l’appel à la grève du 19 mai, a affirmé que l’annonce de ce mouvement de protestation générale a été « une décision purement estudiantine ».

Ce fut un coup dur pour les autorités coloniales qui misaient sur l’assimilation de l’élite algérienne, mais la maturité des étudiants algériens et leur sens de patriotisme ont faussé leurs calculs.

Le slogan « Avec des diplômes, nous ne ferons pas de meilleurs cadavres », véhiculé par l’appel à la grève, a résumé la conviction de ces étudiants que le sort de toute une Nation prime sur les sorts personnels. Forts de cette conviction, ils se sont engagés dans une Intifada qui a recueilli la sympathie de leurs homologues à travers le monde entier et permis d’élargir la reconnaissance internationale de la justesse de la cause algérienne.

Dès les premiers jours de leur ralliement des rangs de la lutte, les nouveaux arrivants se virent confier des missions à différents niveaux, tant sur le plan politique que militaire.

A ce propos, la moudjahida Leila Tayeb qui avait rejoint les compagnons d’armes dans la wilaya V, avait témoigné à plusieurs occasions que certains étudiants, à l’instar de Mohamed Seddik Benyahia et Amhamed Yazid avaient contribué à faire connaître la cause algérienne en représentant le FLN à l’étranger, tandis que d’autres avaient rejoint le maquis pour répondre aux besoins des éléments de l’ALN en termes de soins, à l’exemple de la chahida Zoubida Ould Kablia.

D’autres ont activé au sein du ministère de l’Armement et des Liaisons générales (MALG) en assumant nombre de mission comme le lancement de la radio « Saout El-Djazaïr » (Voix d’Algérie), la collecte d’informations sur les mouvements de l’ennemi et l’organisation d’un réseau de communication entre les différentes unités et leurs commandements.

D’autres encore ont pris part aux préparatifs des négociations politiques entre la partie algérienne et son homologue française.

L’apport des étudiants algériens s’est poursuivi au lendemain de l’indépendance en tant que noyau sur lequel s’est appuyé l’Algérie souveraine pour construire le socle de sa diplomatie, qui a rayonné dans le concert des Nations.

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