Tuesday, October 2019

Le fonctionnement des CHU de la capitale impacté par la grève des médecins résidents

La grève des médecins résidents, qui en est à son sixième mois, a impacté la prise en charge des malades dans les Centres hospitalo-universitaires (CHU) d’Alger ainsi que le fonctionnement habituel de ces derniers, sans toutefois les paralyser, a-t-on constaté dans certains services de Mustapha Pacha et Naffissa Hamoud.

Devant la Clinique médicale enfantine du CHU Mustapha Pacha, le plus fréquenté de la capitale, une famille est en attente des nouvelles de leur enfant qui y est suivi pour une épilepsie. Même si son père soutient que ce dernier a été « pris en charge à temps », il n’en assure pas moins que l’ambiance du service renseigne sur un état de « dépassement » de son personnel.

« Nous avons du mal à parler au chef de service qui assure le suivi de mon fils tant il a l’air dépassé », déclare le père de famille à l’APS, qui s’est déplacé de Bouira.

L’une des médecins en poste confirme un état de débordement du service, dès lors que « le travail effectué en journée par les résidents est endossé par le reste du personnel médical », explique-t-elle, notant que les gardes sont, toutefois, assurées par les praticiens en grève.

Au service des urgences médico-chirurgicales, des dizaines de patients sont alignés de part et d’autre du long couloir en attente d’être reçus par les médecins en fonction. Pendant qu’ils passent progressivement, d’autres arrivent au service.

« J’ai eu une méchante entorse du genou et j’avoue que j’avais de l’appréhension à me rendre à l’hôpital en raison de la grève, qui perdure. Fort heureusement, j’ai été auscultée et on m’a administrée les soins nécessaires », témoigne Malika, une jeune fonctionnaire.

Au CHU Nafissa Hamoud (ex-Parnet), les services fonctionnement normalement, si ce n’est quelques perturbations ressenties parfois par les malades qui y affluent.

« Je suis là depuis le début de la matinée et j’ai vu plusieurs personnes venues prendre un rendez-vous ou pour passer une radiographie renvoyées. Seuls les enfants ont été pris en charge sous l’insistance de leurs parents », témoigne Mohamed, un malade qui quitte, lui aussi, bredouille le service de radiographie.

Au service de génécologie et obstétrique, la salle d’attente est assez pleine de patientes en attente de consultations qui se font de « manière ordinaire », selon l’affirmation de l’une des infirmières ainsi que quelques parturientes.

Si l’opinion publique est parfois informée des retombées de cette grève à travers les différents médias, elle l’est également via les réseaux sociaux qui servent d’échos à des situations de détresse rapportées par des patients. L’un de ces cas a été relayé, cette semaine, par l’Organisation algérienne de Protection et d’Orientation du Consommateur et son Environnement (APOCE) et concerne une malade en souffrance et en attente d’un suivi au service de chirurgie thoracique.

Interpellé sur les incidences de leur débrayage sur la santé des malades, l’un des délégués du Collectif des Médecins résidents algériens (CAMRA), initiateur de la grève, M. Soualili rétorque en ces termes: « Techniquement, nous ne faisons pas partie de l’offre de soins mais sommes juste des observateurs.

Les responsables des hôpitaux ont déclaré à maintes reprises que ces derniers sont suffisamment lotis en assistants et en maîtres-assistants pour pouvoir se passer de nous. Nous laissons au temps le soin de confirmer cela « .

Il ajoute qu’en optant pour le durcissement de leur démarche, il ne s’agit pas d' »entrer en conflit » avec la tutelle mais d’exercer une « pression » sur elle afin qu’elle consente à accepter sa plate-forme de revendications.

Des conséquences « néfastes » sur le système de santé

Pour le Directeur général de cette structure hospitalière, qui compte 400 médecins résidents, Zoubir Rekik, la « principale inquiétude » concerne la carrière et l’avenir des grévistes:  « Le résident d’aujourd’hui est le médecin de demain, il faut qu’il soit bien formé en ne ratant pas son année universitaire. C’est pourquoi nous insistons pour un arrêt rapide de la grève ».

Cette contestation aura des « répercussions néfastes » sur le système de santé, soutient-il, précisant qu’en l’absence d’une nouvelle promotion pour cette année, il sera difficile d’occuper les postes libérés par les départs à la retraite ou autres.

Interrogé sur l’impact de la grève sur le fonctionnement du CHU, son premier responsable considère que « le système de santé n’est pas axé sur les résidents qui ne sont que le maillon d’une chaîne ». Et d’ajouter: « Il est vrai qu’ils sont d’un grand concours pour le fonctionnement de l’hôpital et qu’on compte sur eux, mais nul n’est indispensable.

Heureusement que les gardes et le service minimum est assuré et c’est la réglementation qui le stipule. Ceci, d’autant plus qu’à la base, la grève est juridiquement illégale ».

Rekik tient à relever que des dispositions ont été prises pour atténuer les effets du débrayage, à savoir le renforcement des corps des médecins spécialistes et des assistants, notant, par ailleurs, que poussés par « un esprit de corporation », certains résidents qui « travaillent normalement préfèrent dire qu’ils sont en grève ».

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