Comment Ouyahia s’en est sorti indemne de la « tempête »

Le Premier ministre, Ahmed Ouyahia, a passé l’une des semaines les plus « cauchemardesques » sur le plan politique depuis les attaques qu’il a subies de la part d’Ammar Saâdani, ex-SG du FLN, en 2016. Sauf que, cette fois, ce n’est pas un chef de parti, fut-il le FLN, qui le cible mais carrément le chef de l’Etat. Il l’a recadré à travers une instruction subordonnant toute opération de privatisation à son approbation après des démarches déjà entreprises par Ouyahia dans ce sens.

Alors que l’opinion s’attendait à des explications de la part du premier concerné par « la colère présidentielle », Ahmed Ouyahia a préféré une stratégie de communication qui lui permette de sortir indemne de ce bourbier médiatique et de ne pas s’enfoncer davantage dans une bataille perdue d’avance.

« Il faut laisser la cocotte-minute refroidir après on discutera de l’utilité des privatisations », a répondu le patron du RND sur une question relative  à la charte du partenariat entre le public et le privée, hier lors de la conférence de presse animée au siège de son parti. Le Premier ministre reconnaît à demi mots qu’il a passé une « semaine chaude », sans pour autant se montrer déstabilisé.

En effet, l’instruction présidentielle relative aux privatisations des entreprises publiques et les polémiques qu’elle a suscitées tout au long de la semaine dernière ont laissé croire que le destin du « serviteur de l’Etat » pourrait être semblable à celui de son prédécesseur, Abdelmadjid Tebboune. Il n’en n’est rien pour le moment.

Pour sortir sain et sauf de la tempête médiatique, Ouyahia a adopté une stratégie de communication en deux tons. Au départ, il a refusé de répondre à chaud aux attaques dont il a fait l’objet, non sans avoir un œil sur ce qui tourne autour de lui. Deuxième ton ; Ouyahia répond via un de ses lieutenants les plus fidèles. « Je dénonce une interprétation politicienne et erronée de l’instruction présidentielle qui n’a fait que rappeler ce que dit la loi», a déclaré Seddik Chiheb, porte-parole du RND, à DMA mercredi dernier, soit six jours après l’instruction de Bouteflika.

Le « style Ouyahia » a, par la suite, pris le relais pour noyer le débat dans plusieurs sujets, reléguant parfois l’essentiel sur l’instruction présidentielle au deuxième plan. Les mêmes éléments de langage ont réapparu lors de la conférence de presse d’hier. Acculé par les journalistes, Ouyahia a soutenu qu’il a été victime  « de manœuvres politiciennes et d’interprétation erronée ». Le SG du parti au pouvoir a complètement orienté le débat vers d’autres sujets. Une manière de baisser encore la tension et de ne pas raviver les critiques à son égard. Mis à part une petite pique envers le FLN, Ouyahia n’a pas du tout abordé le sujet de l’instruction présidentielle en tant que telle. Il a fait notamment « le rituel éloge » du président Bouteflika, il a attaqué le Maroc et a, par la suite, rappelé que « Bouteflika appartient à tous les Algériens », une manière de répliquer encore une fois au FLN.  Il a profité, par la même occasion, pour tacler Chakib Khelil le traitant d’« ingrat ».

Censé apporter des clarifications sur la confusion née suite à l’instruction présidentielle qui lui avait été adressée, le Premier ministre a préféré apaiser l’atmosphère et s’en sortir indemne. Ainsi, Ouyahia désamorce son énième « bombe » qui a failli lui coûter sa carrière politique.

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