Saturday, December 2018

Quand des médecins résidents sollicitent…l’aumône !

La scène est dramatique ! Elle renvoie l’image d’un système de santé en constante dégradation sur tous les plans, mais surtout d’un pays qui n’a aucun respect pour son élite et ses compétences. Des médecins résidents ont manifesté, ce jeudi 19 juillet, au CHU Mustapha-Pacha d’Alger, pour réclamer le versement de leurs salaires. Le drame c’est que leur situation sociale est tellement insupportable qu’ils ont été jusqu’à solliciter…l’aumône !

Improvisée, l’action n’a pas été organisée au non du Camra.

Sans salaire depuis huis mois notamment pour les résidents de première année et pendant six mois pour les autres, « la majorité n’arrive plus à subvenir à ses besoins », affirme un médecin résident ayant requit l’anonymat.

Inédit !

Le rassemblement organisé, au moment de la pause déjeuner, en face du pavillon des urgences, puis devant la direction du CHU, a attiré l’attention et poussé les passants à s’arrêter, qui pour ‘’pleurer’’ le drame des résidents, qui pour ‘’aider’’ avec quelques dinars.

Selon notre source, l’action a drainé la participation d’une trentaine de résidents. Ces derniers ont brandis des bouts de carton sur lesquels ont été transcrit des slogans jamais levés lors de l’historique mouvement qui a duré près de huit mois.

« Le mal a atteint l’os »

« 8 mois sans salaire. Le médecin résident a besoin d’aide », est-il écrit sur l’un des cartons, tandis que sur un autre on pouvait lire : « Un médecin n’a pas de quoi se nourrir. Les familles des médecins ont besoins d’aide ». Un participant brandit un autre slogan : « 1, 2, 3 viva la précarité, la pauvreté et la mendicité ».

Pour que les médecins aient le courage de lever de tels slogans transcrits sur des cartons, c’est parce que « le mal a atteint l’os », décrit notre source. En effet, depuis la reprise du travail le 24 juin, c’est la misère au quotidien. « Des résidents pères de familles, d’autres sous pressions à cause des charges n’ont même pas de quoi se déplacer, ni manger, encore moins payer la location », raconte-t-elle.

Intimidations

« Pour passer une garde, une résidente de première année a dû emprunter 1000 DA pour s’acheter le diner ». C’est un exemple qui se repère pour la majorité des résidents sans salaires. Malgré la reprise, ils n’ont touché ni le salaire de juin ni celui de juillet. Le directeur du CHU Mustapha-Pacha, au lieu d’essayer de trouver un terrain d’entente avec les résidents, a, selon nos sources, fait dans l’intimidation. « Il a envoyé deux agents pour lui apporter dans une liste les noms de tous les participants à l’action, afin de passer aux sanctions », nous raconte-t-on.

« Autoritarisme »

Après avoir accepté de recevoir des représentants des participants à l’action, le DG de l’hôpital leur a expliqué qu’il n’est pas question de verser le moindre sou pour les mois de grève, puisque la décision revient au ministre de la Santé. « Pour le salaire de juillet qui devait être versé vers le 10 du mois, il a juré qu’on ne le verra pas avant la fin ». Un autoritarisme qui ne dit pas son nom et que les résidents qualifient de « vengeance et d’acharnement ».

L’indigne réaction d’un professeur

Quant au professeur Belhadj, chef de service de médecine légale, qui n’a cessé de rassurer les résidents de son « soutien », a fini par les décevoir. Devant l’action d’aujourd’hui, il n’a pas trouvé mieux que de leur dire : « Vous faites honte à la médecine algérienne ». Drôle de réaction devant le SOS et le cri de détresse de médecins qui ont perdu espoir en les responsables du secteur, voire en leur pays !

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