Sunday, May 2019

Transcription de tamazight : Quand Ghlamallah en rajoute une couche !

En des propos qui ressemblent à une déclaration de guerre contre les adeptes du caractère latin, le président du Haut conseil islamique (HCI), Bouabdellah Ghlamallah, a plaidé pour la transcription de la langue amazighe avec des caractères arabes.

« Certains estiment que le caractère latin est dominant et que l’on doit de s’y soumettre. Mais, nous nous sommes jamais soumis un jour aux dominants. Nous n’accepterons pas que le caractère latin domine le caractère arabe », a déclaré, mardi 15 janvier, Ghlamallah depuis Tizi-Ouzou, en marge d’une rencontre autour du manuscrit et le lien intergénérationnel en Kabylie.

L’ancien ministre des Affaires religieuses et des Wakfs va jusqu’à s’autoproclamer porte-parole des Algériens, voire même de tous les amazighs du Grand Maghreb : « les Algériens et les maghrébins ont des caractères arabes. Nous écrivons notre langue tamazight que ce soit en littérature, dans la science et dans les relations sociales en caractères arabes ». Plus grave que ça, jouant sur les sentiments des Algériens, Bouabdellah Ghlamallah va lier « le caractère arabe » à « la préservation de l’unité de la nation ».

Cercle vicieux

Les propos du président du HCI interviennent au moment où l’Académie algérienne de la langue amazigh a été installée, avec à sa tête Mohamed Djellaoui. Déjà qu’une polémique est née autour de la liste des membres de cette Académie, voila que Ghlamallah en rajoute une couche. Ce dernier aurait pu se contenter de déclarer que maintenant que cette institution est mise sur pied, il lui revient de décider du caractère de transcription. Mais, non ! Son acharnement à défendre le caractère arabe prouve que l’on n’est pas prêt de sortir du cercle vicieux qui empêche cette langue de s’épanouir.

Parasiter l’Académie 

En réalité, Ghlamallah ne fait que parasiter le travail de l’Académie qui n’est même pas entamé. Derrière ce forcing, le courant islamo-conservateur qui veut s’imposer tout le long du processus de décision concernant cette épineuse question. Surtout que jusqu’à présent, -Ghlamallah le reconnait d’ailleurs-, le caractère latin domine.

Il suffit de constater que l’usage des caractères latins est presque exclusif dans les quatre universités qui disposent d’un institut de langue et cultures amazighes : Tizi-Ouzou, Béjaïa, Bouira et Batna. De plus, l’essentiel de la production scientifique et littéraire de la langue amazighe est en caractères latins, contrairement à ce que veut faire croire Bouabdellah Ghlamallah.

Réalité

La sortie de l’ancien ministre qui se joint à celle de Salah Belaid, président du Haut conseil de la langue arabe, peut s’expliquer par les multiples appels de chercheurs et enseignants universitaires qui favorisent le caractère latin.

Composé d’intellectuels et d’enseignants, le réseau Awal des Aurès estime que le caractère latin « est le meilleur moyen qui existe pour sauvegarder cette langue ». Contrairement au caractère arabe dont l’usage est « très éloigné des réalités » puisque l’essentiel de la production culturelle, scientifique et littéraire de la langue amazighe dans cette région du pays se fait en caractère « universel » qui est le latin.

Caractère « universel »

La Coordination nationale des enseignants de tamazight (Cnet), elle aussi, suggère la graphie latine, « seule graphie efficiente à même de venir à bout de la variation en langue amazighe ». Se défendant, elle considère qu’« une pratique séculaire faite d’efforts de grammaticalisation, normalisation/standardisation a abouti à une tradition scripturaire établie et quasi stabilisée ».

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