17 ans de pression et de dépression pour devenir médecin spécialiste… parfois jusqu’à  la mort  

L’amélioration des conditions de travail des médecins résidents (le résidanat est la période d’étude et d’apprentissage pour les futurs médecins spécialistes) est au cœur de leurs revendications depuis l’entame de la protestation, il y a plus de trois mois. Leurs confrères et consœurs spécialistes viennent également de créer un collectif autonome des médecins spécialistes afin de faire entendre, eux aussi, leur détresse.

Les revendications n’ont rien avoir avec les augmentations des indemnités. En fait, ils dénoncent un manque flagrant de moyens et une organisation anarchique des établissements sanitaires, pénalisant les patients mais aussi les médecins qui se trouvent parfois seuls face aux malades et leurs familles. La pression et la charge insupportable du travail imposées au médecin résident et spécialiste causent chaque année des décès et des dépressions.

Deux décès spectaculaires en un mois

Les décès les plus spectaculaires et qui ont provoqué l’émoi sur les réseaux sociaux restent la mort tragique et, en même temps intrigante, du Dr Djamel Abache, originaire de la wilaya de Sétif, résident en anesthésie réanimation des urgences médico-chirurgicales (UMC) du Centre hospitalo-universitaire d’Oran (CHUO). Le corps du jeune médecin a été retrouvé sans vie dans sa chambre à Oran, le 22 janvier dernier. Il avait publié sur son compte Facebook, quelques heures avant sa mort, un message pour le moins intriguant. « Dites à ceux qui nous obligent à travailler durant toute la semaine que nous ne sommes pas des esclaves. Dites-leur que vous nous avez lésés avec votre égoïsme (…) Vous nous avez fatigués et marginalisés », avait écrit le jeune médecin sur son compte Facebook. Il a dénoncé les conditions d’exercice de son métier, laissant entendre qu’il a été soumis à une charge de travail insupportable. Cinq jours plu tard, c’est l’une de ses jeunes consœurs qui décède à l’hôpital de Magra, dans la wilaya de Msila, suite à une forte charge de travail. Dr Souhila Tahraoui, médecin pédiatre, a été terrassée par un AVC alors qu’elle assurait une garde de plusieurs heures.  « Chaque année, des médecins spécialistes ou résidents meurent à cause de la charge du travail », nous confie un médecin spécialiste qui a quitté le secteur public récemment. Pour lui, « le système des gardes ainsi que le manque de moyens dépriment le médecin et le soumettent à un rythme de travail effroyable». « Parfois, la garde peut durer dix (10)  jours d’affilée 24 heure sur 24 heures», soulève le jeune médecin spécialiste.    

17 ans après le bac pour devenir médecin spécialiste 

 Le bras de fer entre la tutelle et les médecins résidents continue, mais cette fois, les contestataires ne sont pas prêts de renoncer. « Certains de nos confrères qui ont soulevé les mêmes revendications il y a quelques années ont terminé leur service civil et exercent en tant que spécialistes dans le privé ou dans les hôpitaux. Et pourtant, les choses n’ont pas bougé. Nous refusons de sortir les mains vides cette fois-ci », précise un des membres les plus actifs du Collectif autonome des médecins résidents (CAMRA). En effet, pour cette catégorie de médecins, « il n’est pas question de céder ».  « Il est hors de question que le service civil et militaire reste en l’état. Il faut se rendre compte que nous passons 17 ans après le bac pour devenir médecin spécialiste », nous déclare la même source affichant un désarroi inégalé. « Nous étudions sept (07) ans à l’université, puis, nous passons une année de préparation du concours de spécialité. Après le succès au concours, il faut faire encore cinq (05) ans de résidanat et ce n’est pas fini. Il faut ajouter à cela 3 ans de service civil et une année du service militaire. En tout, il nous faut 17 ans pour devenir médecin spécialiste », dénonce-t-il.

Il y a une injustice quelque part dans cette histoire. La détresse que vivent les médecins ne peut être tolérée pour plusieurs raisons. D’abord, une médecin en pleine forme prendra bien en charge ses patients et fera fonctionner à merveille le service public. De plus, le patient ne peut comprendre les dysfonctionnements du système sanitaire, donc il jettera son désarroi sur le médecin. Dans toute cette situation où interagissent plusieurs acteurs, à savoir les médecins et leur tutelle ainsi que le citoyen, qui paye ses impôts pour un meilleur service public, finalement personne n’est gagnant. Il va falloir revoir le système sanitaire de fond en comble.

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