Tuesday, October 2020

El Bayadh: Zaouïa El mouwahidine, un lieu de culte exceptionnel

Le siège de la zaouïa El mouwahidine, située dans la commune de Roggassa, au Nord-est d’El Bayadh, a la particularité d’être entièrement édifié sous terre.

L’objectif de construire la zaouïa sous terre était d’échapper aux exactions de l’administration coloniale et de ses tentatives d’effacer à jamais les expressions de l’identité de la population algérienne.

Cet édifice a été construit en 1930 par Sidi Mohamed Benbouhous (1891/1954), un érudit et un homme de foi, issu de la tribu de la très légendaire tribu des Ouled Sidi Cheikh, connue dans la région d’El Bayadh.

L’un des descendants du fondateur de cette zaouïa, Cheikh Zaoui Bouamama, précise que l’édifice s’étend sur une surface de 200 m2. Il a été construit sous terre pour échapper aux menées de l’administration coloniale qui combattait tout ce qui représentait l’identité de la population locale.

Outre cette particularité d’être réalisé sous terre, l’édifice a été creusé et édifié à l’aide d’outils rudimentaires et sans autres matériaux de construction comme le ciment ou la brique.

Les murs, le plafond et les colonnes de la zaouïa ont été totalement érigés en pierre, ce qui donne au lieu un cachet architectural unique en son genre et attire la curiosité des visiteurs.

La zaouïa dispose également d’un puits qui assure l’approvisionnement des lieux en eau potable.

Au niveau du plafond, le visiteur pourra distinguer de petites ouvertures qui assurent une circulation de l’air et un éclairage naturel grâce aux rayons du soleil.

Les « talebs » qui viennent apprendre le Saint Livre et les préceptes de l’Islam disposent également d’une « kheloua » (isoloir), une petite pièce leur permettant de s’isoler pour prier, méditer et lire le Coran.

Enfin, l’accès à l’édifice se fait par le biais d’une ouverture latérale creusée dans la roche.

Après l’achèvement des travaux de la construction de cet édifice, Cheikh Sidi Benbouhous s’est consacré à faire des lieux un véritable pôle d’enseignement religieux et de l’apprentissage de la langue arabe à des « talebs » venus de toutes les régions du pays.

Un lieu de savoir et de militantisme

Le même descendant de la tribu des Ouled Sidi Cheikh a également rappelé la contribution de la zaouïa dans le processus de la guerre de libération nationale sur le front sud-ouest du pays. Elle a permis le renforcement des rangs de la révolution en éléments qu’elle a formés et en accueillant les moudjahidine.

En outre, la zaouïa a joué pleinement son rôle social en apportant aide et assistance aux populations démunies et aux personnes de passage dans la région, notamment durant les années 1940, marquées par la famine et les épidémies.

Devant les multiples actions de mobilisation et de promotion de l’identité nationale, l’administration coloniale s’est empressée d’arrêter Cheikh Sidi Benbouhous pour le placer en résidence surveillée durant de longs mois d’abord à El Bayadh, avant de le transférer à Oran pour le présenter devant le tribunal militaire. Il a été condamné pour conspiration et de rébellion après la découverte d’armes dans l’enceinte de la zaouïa.

Après la mort du cheikh en 1954, c’est son fils, Sidi Mohamed, qui prendra les destinées de la zaouïa pour poursuivre l’œuvre de son père en matière d’enseignement du Coran et de la langue arabe, de la mobilisation des jeunes pour rallier la révolution armée.

La zaouïa a fait l’objet de maintes descentes de l’armée coloniale française. Ses biens ont été souvent saccagés et incendiés, rapporte le même témoin.

Après le recouvrement de l’indépendance et jusqu’à l’heure actuelle, la zaouïa poursuit ses missions cultuelles, culturelles et sociales. Les descendants de son fondateur continuent d’assurer l’enseignement du Saint Livre et l’accueil et la prise en charge des talebs et des visiteurs.

Le siège de la zaouïa accueille toujours les fidèles de la région qui préfèrent accomplir leurs prières dans ce lieu unique en son genre.

Mohamed Bouchikhi, un natif de la région, chercheur dans le domaine du soufisme, rappelle que les anciens talebs et étudiants de la zaouïa se retrouvent chaque année, en pèlerinage, sur les lieux mêmes de leur formation, pour un regroupement marqué de prières, d’invocations et de lecture des versets du Coran.

L’occasion est également saisie pour évoquer l’itinéraire et l’œuvre de Cheikh Sidi Mohamed Benbouhous, le fondateur de la zaouïa.

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