Weinstein inculpé pour viol et agression sexuelle, le #MeToo applaudit

Le producteur de cinéma déchu Harvey Weinstein, accusé par des dizaines de femmes d’abus sexuels, a été inculpé vendredi à New York pour un viol et une fellation forcée, une première applaudie par le mouvement #MeToo.

Ce père de famille, qui avait disparu de la circulation depuis octobre, a été inculpé pour un viol en 2013 et une fellation forcée en 2004. Le producteur multi-oscarisé, habitué aux tapis rouges et longtemps vénéré pour avoir promu un cinéma original incarné par des réalisateurs comme Quentin Tarantino, a franchi une haie de caméras les mains dans le dos, menotté, sans dire un mot.

Lors d’une audience éclair au tribunal, devant une salle comble, un juge a ensuite confirmé les conditions de sa remise en liberté, négociées préalablement avec son avocat: une caution d’un million de dollars cash, le port d’un bracelet électronique, et la remise de son passeport aux autorités.

Son avocat Ben Brafman, un ténor du barreau new-yorkais qui avait obtenu en 2011 l’abandon des poursuites contre Dominique Strauss-Kahn dans l’affaire du Sofitel, a déclaré qu’il allait « agir très vite » pour exonérer son client. « Nous pensons que (les accusations) sont constitutionnellement déficientes » et « non étayées par des preuves », a-t-il déclaré.

La prochaine audience fixée au 30 juillet

Le bureau du procureur de Manhattan a précisé que l’accusation pour viol concernait des faits remontant au 18 mars 2013, à une adresse abritant un hôtel dans le quartier de Midtown. L’identité de la victime n’a pas été précisée. Il s’agirait d’une nouvelle accusation, non publiée jusqu’ici. L’accusation de 2004 semble elle correspondre aux allégations de Lucia Evans, mais le procureur ne l’a pas confirmé. Elle avait déjà publiquement accusé Harvey Weinstein de l’avoir forcée à lui faire une fellation au siège de sa société de production Miramax. La prochaine audience est fixée pour le 30 juillet

Depuis la publication des premières révélations sur lui début octobre, Harvey Weinstein a été accusé par une centaine d’actrices dont Angelina Jolie, Gwyneth Paltrow ou Salma Hayek, de mannequins et d’ex-employées d’abus sexuels allant du harcèlement au viol.

Il s’est avéré aussi que beaucoup de gens étaient au courant de son comportement, mais avaient préféré se taire, souvent par peur de voir leur carrière ruinée par le tout-puissant producteur.

Les révélations ont fait l’effet d’une bombe. Des centaines de femmes, sous le hashtag #MeToo, se sont mises à témoigner sur des agressions sexuelles qu’elles avaient tues depuis des années. Le mouvement a fait chuter des dizaines d’hommes de pouvoir dans des secteurs aussi divers que le cinéma, les médias, la mode, la gastronomie ou la musique.

Descente aux enfers d’un puissant intouchable

L’arrestation du producteur survient alors que le procureur de Manhattan, Cyrus Vance, était soupçonné de reculer devant une bataille judiciaire dont beaucoup d’avocats soulignent qu’elle est loin d’être gagnée pour l’accusation. D’autant que Ben Brafman passe pour un redoutable adversaire. « L’inculpation d’aujourd’hui marque une avancée importante dans une enquête toujours en cours », a sobrement déclaré le procureur Vance vendredi dans un communiqué, remerciant « les victimes courageuses qui sont sorties du silence ».

Si une condamnation est loin d’être acquise, plusieurs figures du mouvement #MeToo ont applaudi les images d’un Weinstein menotté. « Je suis sous le choc », a déclaré sur la chaîne ABC l’ex-actrice Rose McGowan, qui dit avoir été violée par Weinstein en 1997 au festival Sundance. « Je dois avouer que je ne pensais pas le voir un jour menotté. « Weinstein fait aujourd’hui son premier pas vers une inévitable descente aux enfers. Nous, les femmes, avons enfin un vrai espoir de justice », a tweeté l’actrice Asia Argento, qui affirme avoir été violée par Weinstein à Cannes, également en 1997.

Le mouvement Time’s Up, né dans la foulée du #MeToo pour soutenir juridiquement les victimes d’abus sexuels, a souligné que le producteur avait « brisé la vie d’un nombre incalculable de femmes » et espéré que « la justice l’emporterait ».

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