Sunday, June 2021

En Algérie il « n’existe pas un problème de ressources mais de gouvernance »

La question de la rationalisation des dépenses budgétaires, traitée lors du Conseil des ministres mercredi, est un aspect qui a été à l’ordre du jour pendant une quinzaine d’années, mais qui s’est « éclipsé » durant la période d’aisance financière.

C’est le constat établi par l’expert Youcef Benabdallah qui intervenait ce jeudi matin sur les ondes de la chaîne III de la Radio nationale. Professeur à l’École nationale supérieure des statistiques et des économies appliquées, il a expliqué que cette rationalisation, en plus de permettre un contrôle pointu des dépenses de l’État, visait à l’origine à « rééquilibrer les pouvoirs » entre les élus des deux chambres et l’exécutif, lequel se doit de rendre compte de ses actions à ces dernières, « ce qu’il ne fait généralement que six années après ». « L’aisance financière  dans laquelle a baigné le pays, durant quelques années, a occulté la nécessité de rationaliser les dépenses budgétaires. On a tendance, en Algérie, à ne gérer ces dépenses que lorsqu’il y a rareté », a-t-il relevé.

Le professeur a dans le même contexte rappelé qu’une rencontre organisée en 2014 par le CNES, lors de laquelle il avait été attiré l’attention du gouvernement sur l’urgence à adopter des mesures structurelles et à ne pas prendre en compte les seules approches financières. « Quatre année après on est encore  à se demander si cette recommandation a servi de leçon », s’est-il demandé.  Si, a-t-il prévenu, dans trois ou quatre ans des décisions destinées à changer des comportements des opérateurs institutionnels et économiques ne sont pas prises, il va falloir revenir à des mesures d’ajustements structurels « un peu plus dures ».

Commentant le modèle social de l’Algérie, le professeur Benabdallah estime qu’il est « tout à fait insoutenable ». « C’est le seul modèle qui concilie les aspects sociaux et économiques entièrement inconciliables », a-t-il dit à ce sujet.

Par ailleurs l’expert insiste sur le fait que l’Algérie  ne soit pas confrontée à un problème de ressources mais de « mobilisation de celles-ci ». Il en veut pour preuve les quelque 120 milliards de dollars d’impayés que l’état n’a pas encore récupérés, « parce que les gens n’ont pas voulu payer leurs impôts où leurs amendes, ou bien que des entreprises ont été mises en faillite. « Il n’existe pas un problème de ressources, mais un problème de gouvernance, vis-à-vis duquel chacun doit prendre ses responsabilités », a conclue Youcef Benabdallah.

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