Thursday, April 2019

Entretien avec Badis Diab, le Startupeur algérien au succès fulgurant

Badis Diab est un nom, peut-être, peu connu en Algérie. Et pourtant c’est l’algérien qui a réussi en France là ou les français n’ont pas pensé à investir. Parti pour une carrière de footballeur, il change d’objectif et se lance dans le marché des joueurs. Il a fondé la start-up, Galactik France, en 2016 spécialisée dans le conseil et l’accompagnement des footballeurs amateurs. Dans cet entretien accordé à DMA, il affirme avoir conseillé plus de 4000 joueurs amateurs sur tout le territoire français, ce qui le place comme leader dans le domaine en France et Europe. Il affiche également un attachement particulier à l’Algérie.

D’une carrière sur la pelouse à un startupeur dans le domaine de conseil et d’accompagnement des joueurs amateurs. Comment vivez-vous aujourd’hui une réussite aussi retentissante de votre start-up, vous qui était prédestiné à une carrière de footballeur ?

Galactik France a conseillé et accompagné plus de 4000 footballeurs amateurs à travers toute la France

Je pense que l’échec de ma carrière de footballeur m’a permis de reconsidérer la notion de réussite. Plus jeune, j’étais comme chaque enfant de mon âge, je souhaitais être footballeur professionnel, devenir célèbre et richissime, puis j’ai rapidement été rattrapé par la réalité.

Aujourd’hui, je vis différemment ma réussite. Je garde les pieds sur terre, la tête sur les épaules, ceux qui me connaissent savent que je n’ai pas changé et que je ne changerais pas malgré l’expansion de mes activités. Actuellement je me concentre sur l’essentiel. Désormais, ce qui compte à mes yeux est ce que j’apporte au bien commun à travers la solidarité, l’entraide social et l’action humanitaire.

Tout le monde devrait être fier de son parcours quel qu’il soit, les échecs font partie de la vie et de l’apprentissage. A 28 ans, cela fait bien longtemps que jouer au football ne m’intéresse plus, j’ai trouvé une voie bien meilleure, bien plus gratifiante et surtout plus salutaire.

Depuis le lancement de votre start-up en 2016, combien de joueurs amateurs avez-vous conseillé et accompagné ?

Depuis son lancement, Galactik France a conseillé et accompagné plus de 4000 footballeurs amateurs à travers toute la France. Aucune entreprise de ce type ne peut se vanter d’avoir de tels chiffres. Nous sommes aujourd’hui les leaders du domaine en France et en Europe.

Le concept de votre cabinet est-il adapté à des pays comme l’Algérie ? Comment évaluez-vous le marché algérien en particulier et africain en général ?

Non, le concept de Galactik France n’est pas adapté à l’Algérie et à l’Afrique en général. La situation du football amateur en Afrique est bien différente de celui des pays occidentaux, où l’accès à la pratique du football et à la formation est régulier et bien plus répandu.

L’Algérie, tout comme l’Afrique, à besoin de développer la pratique du football amateur, à travers la construction de terrains de football adéquate, au développement des fédérations et l’installation d’écoles de formation. Il n’est pas possible aujourd’hui d’apporter conseils et accompagnement à des jeunes qui n’ont même pas accès à une pratique normal et régulière du football.

L’Algérie, c’est ma vie et mon histoire, la France quant à elle n’est qu’une terre économique, rien de plus.

Vous dites souvent que les jeunes de la diaspora doivent se lancer dans l’entreprenariat et casser la barrière de la peur. Pensez-vous qu’il est possible pour les jeunes d’origines algériennes de réussir dans un pays comme la France qui n’arrivent pas à se libérer de la discrimination et de la marginalisation des étrangers ?

Il ne faut pas nier la réalité : La discrimination est réelle, nous la vivons chaque jour en tant qu’algérien vivant en France.

Le climat politique actuel pousse à la méfiance envers la diaspora algérienne, et de façon plus générale envers la communauté arabo-musulmane. Ceci n’est pas un fait nouveau, nous sommes les enfants de la guerre d’Algérie et notre présence en France n’a jamais été souhaitée. Personnellement, je me considère comme un algérien résidant en France, et non pas comme un « franco-algérien ». L’Algérie, c’est ma vie et mon histoire, la France quant à elle n’est qu’une terre économique, rien de plus.

Cependant, ceci ne doit pas être un prétexte pour baisser les bras. Donc oui, il est possible pour un algérien de France de réussir. Les exemples de réussite sont nombreux, et les algériens sont aujourd’hui présents dans touts les corps de la société française : Dans le système judiciaire et législatif, dans l’armée et la police, dans l’entrepreneuriat, l’éducation, l’art, le sport et la musique. Il n’y a pas un domaine ou les algériens ne sont pas présent, je pense même que nous somme la diaspora la plus présente et la plus influente en France.

Si la difficulté est manifeste, alors il faut accepter de travailler deux fois plus que les autres pour réussir, se battre devant chaque difficulté, et savoir tomber pour mieux se relever ensuite.

Vos appels relatifs à la mise en relation des entrepreneurs algériens établis à l’étranger avec leur pays ont-ils eu des échos ?

 Les échos sont très positifs. De nombreux entrepreneurs prennent contact avec nous chaque jours pour faire partie de ce projet, et la diaspora algérienne du monde entier ainsi que les algériens du pays ont montrés à quel points ils avaient hâte de voir émerger une famille entrepreneuriale en Algérie.

L’excitation de voir se développer l’écosystème algérien est devenu vitale pour les citoyens, tant l’appréhension et la peur de l’avenir sont présentes dans la société.

L’idée de relier des entrepreneurs algériens du monde entier dans le but de se former, d’analyser et de construire des projets entrepreneuriales sur le sol algérien suscite un engouement naturel.

Vous effectuez un voyage le mois de février prochain en Algérie. Votre agenda a-t-il un rapport avec des projets particuliers en Algérie ? Lesquels ?

Mon voyage en Algérie est principalement lié à des projets professionnels comme celui de développer une famille entrepreneuriale algérienne.

Cependant, je me déplace également pour développer les activités humanitaires de ma fondation dans le sud algérien. Mes activités suscitent un engouement particulier auprès de mes concitoyens algériens. Ainsi, je veux profiter de ce déplacement pour rencontrer et rassembler le maximum de talents autour de ces projets de développement.

Depuis sa création, nous avons distribué des fournitures scolaires pour plus de 3000 enfants africains

Vous êtes également très actif dans le domaine humanitaire avec votre fondation qui porte votre nom. Que faites-vous exactement et où ?

En effet, la fondation que j’ai crée en juillet 2016 a connu une croissance exponentielle. Nous sommes aujourd’hui présents sur 5 pays différents en Afrique : Ghana, Algérie, Togo, Burkina Faso et Bénin. Et un sixième pays est prévu pour le mois de février 2019.

Depuis sa création, nous avons distribué des fournitures scolaires pour plus de 3000 enfants africains, et les chiffres devraient doubler en 2019 avec l’installation de la fondation dans 4 nouveaux pays. Ajouter à cela le fait que nous avons le soutien de plusieurs centaines de bénévoles en France, la fondation a pris rapidement une autre dimension et nous sommes aujourd’hui sur le point d’en faire un organisme humanitaire majeur sur le continent africain.

Un dernier mot ?

Je souhaite remercier la rédaction de Dernière Minute d’Algérie pour leur professionnalisme, et salué par la même occasion vos lecteurs et leurs présenter tous mes vœux  de bonheurs pour cette nouvelle année.

 

Propos recueillis par Imad Boubekri

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