Sunday, October 2020

Accord de cessez-le-feu en Libye: « une initiative louable mais fragile »

L’accord de cessez-le-feu, annoncée vendredi par le gouvernement d’Union nationale (GNA) et la Chambre de représentants à Tobrouk est une « initiative louable mais demeure fragile », estime l’analyste, Arslan Chikhaoui, dans une contribution parue lundi dans les colonnes du quotidien l’Expression.

« Cet accord de cessez-le-feu, notamment, salué par la Mission d’appui des Nations unies en Libye (Manul) est certes, une initiative louable sur le chemin de la réconciliation, mais risquerait vraisemblablement de ne pas tenir et de demeurer fragile du fait que, d’ores et déjà, des contradictions apparaissent », relève Arslan Chikhaoui, également président exécutif du Centre de consultance et d’études « NSV ».

Chikhaoui explique que la tenue d’élections, à court terme, ne « pourrait être réalisable qui si les conditions de stabilité le permettraient ».

Il s’agit, selon lui, d’une situation de « déjà-vu » à l’issue du sommet de Paris sur la Libye de 2018 et où Al Serraj et Haftar avaient convenu d’organiser des élections en décembre de la même année. Cependant, « les engagements n’ont pas été tenus par les deux rivaux ».

Après le sommet de Paris, « au lieu de la stabilisation du climat politique ambiant pour la tenue délections, la Libye s’est retrouvée empêtrée, dès le premier trimestre 2019, dans une crise armée opposant les deux camps rivaux en Libye », rappelle à ce titre l’analyste.

Sceptique sur l’accord de cessez-le-feu, Chikhaoui fait remarquer qu’à ce jour,  » il n’y a aucun pacte sécuritaire scellé ». Quant à un accord politique, « il en va de même, les Libyens vont jusqu’à douter de la possibilité d’organiser des élections dans leur pays », soutient-il.

Il constate qu’à ce jour, tous les appels au calme de la communauté internationale n’ont pas été entendus par les parties en conflit, relevant que « les efforts diplomatiques pour un processus de dialogue et de réconciliation politique inclusifs ont été minés par  » la concomitance de rapports de force et d’intérêts stratégiques et tactiques d’acteurs nationaux et d’intervenants internationaux.

En somme, affirme-t-il, la crise libyenne » ne pourrait pas passer par un processus de réconciliation et de concorde nationale sans dialogue inclusif préalable ».

Pour autant, l’expert affirme qu' »une solution négociée semble virtuelle à court terme si le problème de base qu’est l’antagonisme entre les islamistes et les autres acteurs n’est pas dénoué ».

Le Sahel renforce son caractère d’espace incontrôlable

Citant à ce propos des spécialistes de la question libyenne, l’expert relève que dans « le cas où aucun dialogue politique inclusif n’est engagé préalablement à la tenue d’élections (…) la crise libyenne risquerait de s’acheminer vers une « somalisation » du pays maghrébin.

Rappelant dans la même contribution les multiples mises en garde de l’Algérie quant aux tentatives ciblant sa stabilité au regard des implications régionales de cette crise armée sur le plan sécuritaire, l’expert met en exergue les efforts de l’Algérie pour « s’adapter de manière permanente aux développements de la situation géopolitique de la sous-région afin de contenir les ambitions d’embrasement de l’espace sahélo-saharien ».

Et rappelle, à ce titre, les appels de l’Algérie à la retenue et à la préservation de l’intégrité territoriale de la Libye.

Chikhaoui soutient que l’insécurité qui règne présentement en Libye, notamment, et les turbulences politiques dans les autres pays voisins de la sous-région, et ce depuis 2011, constituent une véritable source d’inquiétude aux frontières algériennes.

Autant de fléaux se sont multipliés aux frontières algériennes, note l’analyste citant en particulier les menaces des groupes terroristes, le trafic d’armes de guerre en provenance de Libye, le trafic de drogue à partir du Maroc et des pays du Sahel et les déplacements de migrants subsahariens à partir de Libye et du Mali.

« Avec l’intensification de la crise politico-militaire en Libye associée à la multiplication des conflits dits de faible intensité (Low Intensity Conflict), à l’exemple, du récent coup militaire au Mali, la sous-région sahélo-saharienne renforce son caractère d’espace incontrôlable et prospère pour toutes sortes de trafic », alerte Chikhaoui.

Et met en garde contre « cette redynamisation des trafics » qui « fera incontestablement, croître mécaniquement le niveau de violence dans la région sahélo-saharienne ».

L’auteur prévoit que la crise armée en Libye « continuera incontestablement à être un facteur de développement et de renforcement des capacités de nuisance des Organisations extrémistes violentes » (VEO) présentes dans la sous-région.

Enfin il considère que la satisfaction des besoins essentiels de la population (alimentation et sécurité, système d’éducation et de santé performants) comme une priorité à consolider par les acteurs politiques ou leaders influents libyens afin d’aider la Libye à avancer sur le chemin de la stabilité.

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