Sunday, February 2019

France: Les « Gilets jaunes » de nouveau dans la rue malgré le lancement du débat national

Plusieurs milliers de « gilets jaunes » ont débuté samedi leur dixième journée d’action en France, pour une mobilisation particulièrement scrutée quelques jours après le lancement par Emmanuel Macron d’un « débat national » censé canaliser une colère sociale inédite qui s’exprime depuis deux mois.

A Paris, un cortège de plusieurs milliers de « gilets jaunes » défilait dans le calme et sous haute surveillance après s’être élancé à la mi-journée de la place des Invalides, le point de rendez-vous principal annoncé sur les réseaux sociaux.

Pancartes proclamant « le roi Macron et sa cour déconnent » ou « Liberté, Egalité, Flashball, » en main, les manifestants scandaient « Macron démission » et « Castaner, nique ta mère », un slogan devenu courant ces dernières semaines, a constaté un journaliste de l’AFP.

« Nous on est pacifistes mais les flics s’en prennent à nous de plus en plus violemment, je suis sûr que c’est sur ordre de Castaner », le ministre de l’Intérieur, a dénoncé Christian, venu de l’Eure. « La semaine dernière j’étais à Rouen et ils ont lâché un chien qui m’a couru après ».

Les précédents samedis ont été émaillés de violents heurts dans la capitale. A la mi-journée, douze interpellations avaient eu lieu à Paris, « essentiellement pour port d’armes prohibé », selon la préfecture de police.

Les autorités s’attendent à une mobilisation « au moins égale à la semaine dernière », selon une source policière. Samedi dernier, 80.000 manifestants avaient été recensés, loin des centaines de milliers rassemblés en novembre ou décembre.

Faute d’organisateurs, le mouvement est soumis au seul comptage officiel du ministère de l’Intérieur mais certains manifestants ont décidé de proposer leur propre décompte sur une page Facebook intitulée « Le nombre jaune ».

Les cortèges ont également débuté dans d’autres villes, comme à Rouen mais aussi Strasbourg où ils étaient plusieurs centaines derrière une banderole: « Non à la vie chère, augmentation des salaires », selon un journaliste de l’AFP. A Tarbes, 1.400 personnes ont défilé, selon la préfecture.

D’autres rassemblements sont également annoncés à Bordeaux, Toulouse, Marseille, Lyon, Saint-Etienne, Roanne, Valence, Clermont-Ferrand, Montélimar, Dijon, Nevers, Montceau-les-Mines, Toulon, Avignon…

L’exécutif a mis en place un dispositif d’ampleur comparable au week-end précédent, soit environ 80.000 policiers et gendarmes en France, dont 5.000 à Paris.

Dans la capitale, les organisateurs ont invité les participants à amener « une fleur ou une bougie en hommage » aux personnes tuées ou blessées « pour (leur) cause » depuis le début du mouvement le 17 novembre.

Ce mot d’ordre, nouveau pour un rassemblement parisien, ponctue une semaine marquée par une vive polémique sur l’usage du lanceur de balle de défense (LBD) par les forces de l’ordre et les blessures graves subies par de nombreux manifestants.

Caméras-piétons

Christophe Castaner a encore défendu vendredi son usage lors des opérations de maintien de l’ordre. Sans cette arme, les forces de l’ordre n’auraient plus d’autre option que le « contact physique » et il y aurait « beaucoup plus de blessés », a estimé le ministre de l’Intérieur.

Il s’est également dit « sidéré » par les accusations de violences policières, malgré certaines vidéos qui montrent un usage du LBD sans menace immédiate sur le tireur.

Face à la controverse, les policiers de l’Ain porteurs de LBD lors de manifestation de Bourg-en-Bresse seront aussi équipés de « caméras-piétons ».

Au-delà des rassemblements prévus samedi, la mobilisation doit se poursuivre dimanche dans plusieurs villes.

Des femmes « gilets jaunes » appellent à une manifestation à Paris, inspiré par l’événement pacifique qu’elles avaient déjà organisé le 6 janvier.

Dimanche verra également l’arrivée d’un « gilet jaune » moins connu dans la capitale: José Manrubia. Parti d’Arles (Bouches-du-Rhône) le 16 décembre, cet artiste plasticien rallie Paris à pied après 34 jours de marche.

Pour lui, malgré le grand débat lancé par Emmanuel Macron, pas question de désarmer sans l’instauration du référendum d’initiative citoyenne (RIC).

« C’est la revendication principale de 90% des ronds-points », estime-t-il. « Après 40 ans d’une politique de droite ou de gauche où les intérêts privés ont prévalu sur l’intérêt général, on veut pouvoir prendre en main notre destinée. »

Réticent face à cette revendication, le chef de l’Etat privilégie le « débat national » qu’il a lancé cette semaine avec deux déplacements en régions. Pouvoir d’achat, fiscalité, démocratie et environnement: avec ces thèmes, le président espère répondre à tous les mécontentements.

Input your search keywords and press Enter.