Thursday, April 2020

Les indépendantistes catalans sous le rouleau compresseur de la justice espagnole

Le juge en charge de l’enquête sur la tentative de sécession de la Catalogne a inculpé vendredi 13 dirigeants indépendantistes pour « rébellion », une infraction passible de 30 ans de prison, et incarcéré cinq d’entre eux, alors que des manifestants descendaient dans les rues de Barcelone.

Le juge a notamment placé en détention Jordi Turull, candidat à la présidence de la Catalogne, qui ne pourra donc pas assister à un débat prévu samedi sur son investiture.

Dans un message diffusé sur son compte Twitter, cet ancien porte-parole du gouvernement de Carles Puigdemont a demandé à ses sympathisants de défendre « pacifiquement la démocratie et la dignité de la Catalogne ». Simultanément débutaient dans la métropole de la Catalogne des manifestations à l’appel d’associations indépendantistes.

Des images de télévision montraient des manifestants brûlant des photos du roi Felipe VI, ce qui est un délit en Espagne.

Le juge de la Cour suprême a aussi écroué l’ancienne présidente du parlement catalan Carme Forcadell et trois anciens « ministres » régionaux. Cela porte à neuf les séparatistes emprisonnés pour leur rôle dans la tentative de sécession de la Catalogne en octobre dernier.

Evoquant une « attaque contre l’Etat » d’une « gravité (…) sans précédent dans les démocraties proches » de l’Espagne, le juge avait auparavant confirmé l’inculpation de l’ancien président catalan Carles Puigdemont, en fuite en Belgique, et de huit membres de son exécutif pour rébellion.

Le juge a décidé la détention provisoire pour cinq inculpés en estimant que le risque de fuite était « élevé, au regard de la peine encourue ». Un des dirigeants convoqués, Marta Rovira, avait d’ailleurs préféré quitter le pays plutôt que de comparaître devant le juge et de risquer l’incarcération.

Six autres séparatistes sont partis avant elle, profitant du fait que pour l’instant le juge n’émet pas de mandat d’arrêt à l’étranger pour éviter que ses collègues dans les pays voisins ne retiennent pas les mêmes motifs d’inculpation que lui, ce qui risquerait d’affaiblir son dossier.

Sans Jordi Turull, les indépendantistes vont devoir se trouver un quatrième candidat à la présidence, après les renoncements de Carles Puigdemont, en exil en Belgique, et de Jordi Sanchez, incarcéré depuis octobre.

Les poursuites ont depuis des semaines un effet dévastateur sur l’indépendantisme catalan, dont de plus en plus de responsables ont modéré leur ton, même si le juge estime aussi dans son arrêt que le risque de récidive est « latent ».

Même s’ils ont répondu à la convocation judiciaire, il a dit ne pas détecter chez les inculpés des éléments permettant de penser que le respect de ses décisions sera « permanent ».

 « Rébellion » et malversation

Le camp indépendantiste, affaibli par l’exil ou l’incarcération de ses leaders, a vu aussi son unité, qui allait du centre-droit à l’extrême gauche, voler en éclat: la Candidature d’unité populaire (CUP, extrême gauche), a annoncé jeudi qu’elle passait dans l’opposition.

Treize indépendantistes sont poursuivis pour « rébellion » et neuf ex-« ministres » le sont en même temps pour rébellion.

Dans un arrêt méthodique de 70 pages, le juge s’emploie longuement à justifier les poursuites pour rébellion, les plus graves mais aussi les plus controversées car elles impliquent l’existence d’un « soulèvement violent » qui, selon de nombreux juristes, ne s’est jamais produit.

Il cite la soixantaine d’agents blessés en tentant d’empêcher le référendum, sans mentionner les violences policières contre des électeurs massés devant les bureaux, dont les images avaient fait le tour du monde.

En encourageant les masses à résister à la police pour permettre le référendum, les dirigeants indépendantistes auraient cherché à ce que « l’Etat de droit capitule face à la détermination violente » d’une partie de la population, écrit-il.

« Ça suffit de faire passer pour des +violents+ ceux qui ont organisé les manifestations les plus pacifiques et massives de l’histoire récente d’Europe », a réagi Carles Puigdemont depuis la Finlande, où il est en déplacement.

Au total, l’inculpation de 25 personnes, tout le noyau dur de dirigeants indépendantistes, est confirmée.

Les inculpés peuvent faire appel devant une chambre de la Cour suprême. Si cette dernière confirme les charges, le juge pourra les renvoyer en procès.

La Catalogne est sous tutelle du gouvernement central depuis bientôt cinq mois, après la déclaration d’indépendance mort-née votée par son parlement le 27 octobre. Son autonomie reste suspendue tant qu’il n’y a pas de nouveau gouvernement régional.

Input your search keywords and press Enter.