Marrakech, l’imbattable charme touristique (Reportage)

Midi et quart, aéroport international d’Alger, le fil d’attente pour l’enregistrement dans le vol de 15h15 en destination de Casablanca à la RoyalAir Maroc (RAM) est déjà impressionnant. Au moins 300 voyageurs seront à bord de l’avion « Boeing 737 ». Une fois l’enregistrement effectué, il faut se rendre à la salle d’embarquement pour encore attendre au moins une heure avant de rejoindre l’avion.  Mais avant d’arriver à cette salle, il faut aussi passer par la police des frontières « PAF ». À l’entrée de la salle d’embarquement et après le passage des affaires sur le scanner, un policier de la  « PAF » vous demande si vous avez de l’argent à déclarer.

Dans un coin à la cafétéria de cette salle, les fumeurs se regroupent, puisque c’est le seul endroit où ils peuvent fumer. Néanmoins, c’est aussi une solution pour évacuer leurs frustrations quant aux retards devenus récurrents des  vols d’Air Algérie. Et là, « les habitués » de la compagnie nationale expliquent aux « nouveaux » le « système de retard » des vols d’Air Algérie. «  Si à moins de 40 minutes du décollage, les services de la salle d’embarcation n’appellent pas les passagers à rejoindre leur avion, il faut savoir qu’il vous faut encore quelques heures d’attente », cette réponse est d’un homme dans la trentaine pour une jeune fille qui attend depuis quelques heures le vol à destination de l’aéroport Charles de Gaulle en France.

L’heure de l’embarcation vers « Casa » a sonné, les procédures accomplis, il reste uniquement de connaitre l’avion pour monter à bord. Surprise. L’avion porte le drapeau ukrainien. Les voyageurs  ont été marqués par le crash de l’avion ukrainien qui a eu lieu le 30 Aout 2014 au Sud Algérien. Mais, le voyage  s’est déroulé à merveille, et l’atterrissage réussi.

Casablanca c’est juste une escale. Le chauffeur qui devrait nous amener à l’ancienne capitale du Maghreb orientale est déjà prêt avec sa Mercedes, ancien modèle. « Vous êtes algériens ? », nous questionne-t-il avant de faire un appel téléphonique informant son supérieur qu’il nous a récupérés et qu’il est sur le point de prendre l’autoroute vers Marrakech. La taxieur travaille dans le domaine du tourisme, les taxis spécialisés dans ce domaine sont régis par un régime spécial, ils n’ont pas le droit de transporter d’autres personnes que les touristes. Par exemple, sur l’autoroute, ils n’ont pas le droit de dépasser 100Km à l’heure.

Le Riad Marocain et le Sirocco algérien

Les Riads qui signifient « jardins » en arabe, est le style architectural vernaculaire propre au Maroc. Ce genre de construction est généralement utilisé pour les maisons, les hôtels, les restaurants, les palais… Il s’agit d’un ensemble de chambres, d’appartements ou de boutiques avec des balcons tournés vers l’intérieur et une fontaine au milieu. Nous sommes arrivés au « Riad Sirocco », l’hôtel ou nous allons séjourner. C’est déjà la nuit, l’aventure est donc reportée pour le lendemain matin ou nous allons rencontrer le directeur de l’hôtel pour nous livrer les secrets de son Riad.

Le matin, nous rencontrons les yeux ouverts, ce que nous n’avons pu voir la nuit. Ce Riad est la nature réinventée sous forme d’hôtel. Allant de la chambre jusqu’au restaurant, en passant par les terrasses, c’est la nature dans tous ses états qui nous frappe. Construit artificiellement, le Riad a tous ce qu’il y a dans la nature. Dans la chambre, il n’y a pas un coin ou la nature n’intervient pas. Les serrures des portes sont en bois, les lampes emboitées dans des lustres en bois, de même que les interrupteurs muraux, mais surtout les murs et le lavabo en pierres.

« J’ai grandi dans l’oasis marocaine. D’ailleurs lors des travaux de construction de cet hôtel, nous avons ramené plus de 50 personnes du sud»

Ces dernières sont ramenées  du sahara, nous explique Hamid El Hilali, le directeur de ce complexe touristique. «  Le principe, lorsque nous avons construit cet hôtel, était de marier le traditionnel marocain au style colonial », enchaine-t-il, et d’ajouter « comme vous le voyez en face, montrant du doigt le fond du restaurant, c’est comme un monastère, mais plus de 80% de ça est un design des Oasis marocaines ». « J’ai grandi dans l’oasis marocaine. D’ailleurs lors des travaux de construction de cet hôtel, nous avons ramené plus de 50 personnes du sud», raconte-t-il, fier de ce qu’il a investi. « Ils sont les seuls à connaitre ce style de construction », poursuit-t-il en allumant une cigarette. « Le cloitre que vous voyez a été bâti par le sol pur comme matière première. Aucune trace du ciment ou du béton », nous fait-il savoir. En fait, l’hôtel en question est construit sur un seul étage sous forme de cloitre assiégeant un jardin. Pareil pour le reste des villas et des appartements que compte le complexe touristique. À l’intérieur des chambres, la température est réduite de 3 degré par rapport à l’extérieur. Il faut dire que c’est l’idée idéale pour affronter la chaleur dans une région comme Marrakech. Le patron de cet endroit unique dans la ville, a eu également l’idée de faire de l’algérien dans son hôtel. « J’ai ramené « Sirocco » du sud algérien », dévoile-t-il, comme signe du lien historique et humain qu’il le rattacheà l’Algérie. D’ailleurs, il souhaite que le sud algérien arrive à décoller sur le plan touristique comme le Maroc. « Le potentiel qu’a l’Algérie n’existe pas ailleurs», fait-il remarquer.

Marrakech, capitale touristique Maghrébine  

Surnommée la ville ocre ou la ville rouge, Marrakech est la première ville touristique marocaine. Son nom était à l’origine même de l’appellation « Marocco ». Marrakech est la déformation de la prononciation du nom portugais « Maroccos ». D’ailleurs, en Iran, il l’appelle encore Marrakech. Ce pôle touristique du Maroc a, comme touristes, des français, en premier lieu, les marocains suivis par les britanniques.

C’est tellement rentable qu’Il ya même des algériens qui ont investi dans le tourisme au Maroc, nous précise Hamid, qui affirme connaitre pas mal d’algériens dans le secteur de l’hôtellerie, « la majorité sont des algériens vivants à l’étrangers ». Perché au pied du massif montagneux de l’Atlas, la capitale touristique compte une vingtaine de sites dont le très célèbre Jemaa El-Fna. Ce dernier, une placette animée la nuit, en plus de son histoire est de sa symbolique, attire à elle seule, plus d’un million de visiteurs par an. Elle est le cœur battant du tourisme marrakechi. Tandis que la « Tangia » est le plat traditionnel de cette région. C’est une sorte de « Chtitha viande » algérienne mais avec des exceptions de la région. « On la cuisine avec des épices et de la viande uniquement dans un four de Hammam traditionnel pendant presque 24 heures », nous la fait connaitre un marocain.

Donc après avoir gouté la Tangia en diner, nous avons pris le chemin vers la « Médina », qui n’ouvre que la nuit. Chacun a fait son choix. Pour ceux voulant faire du shopping, ils doivent aller à la « Mansoura », derrière « Sahat El-Fna ». Pour nous, c’est la magie de la place de Jemaa El-Fna que nous voulons découvrir. Le fil des véhicules à chevaux nous rencontre le premier. Un peu plus loin, c’est la grande placette. Les lumières jaunes, pendant la nuit, s’agencent avec la couleur traditionnelle des habitations de la ville. Le bruit de la musique de rue nous attire, une musique à sonorité « Amazigh ». Ce lieu historique et populaire a été classé en 2001 patrimoine de l’humanité par l’UNESCO. La légende parle d’un lieu d’exécution publique, d’où le nom « place des trépassés », « Sahat El-Fna » en arabe. Il se trouve au milieu de la prestigieuse mosquée « El Koutoubia », véritable symbole artistique des Almohades.

« Ce n’est pas nous qui ne voulons pas chanter, il faut qu’on gagne notre pain », lance le chef d’orchestre avant de faire plaisir à un groupe de jeunes filles britanniques en lançant la musique. Les curieux s’enchainent vers ces cercles, parfois juste pour admirer, mais surtout pour danser aussi à leur place et parfois à l’intérieur du cercle si les musiciens le permettent. Quelques pas en avant, c’est un autre spectacle qui attire les curieux, il s’agit cette fois-ci des charmeurs de serpents. Un homme, la quarantaine, en costume marocain traditionnel, manipule les mouvements d’un serpent avec sa Pungi, une sorte de flute ou il souffle sans arrêt, créant un chant pour rendre le serpent calme, voir même télécommandé par le « charmeurs des serpents ».

Le savon noir, une autre image de marque de Marrakech. Tout le monde nous conseille de l’acheter pour purifier la peau. Etant un transit, généralement, vers les villes côtières de l’ouest du Maroc. Cette savonnette est connue pour être utilisable d’une façon à rendre le bronzage uniforme et durable, selon le vendeur. Tout se vend et tout s’achète à Marrakech. De l’autre côté, c’est la place des tatoueuses, le tatouage éphémère dis aussi « Harqûs » est en couleur. En utilisant le « henné », c’est l’art du dessin corporel que les tatoueuses expriment sur la peau des clients.

Marabouts, poètes traditionnels « Chaabi », charlatans, médecins autoproclamés, des produits introuvables ailleurs, des spectacles avec des animaux… c’est comme ça chaque jour de la fin de l’après-midi jusqu’à l’aube que Marrakech vit le long de l’année.

Marrakech tire ses atouts touristiques du potentiel largement exploitable et du savoir-faire qu’a acquis le Maroc depuis plusieurs années d’industrie touristique. Des investisseurs, comme Hamid, ont commencé il y a au moins une décennie avec les moyens du bord. Cependant, ce qui a fait la différence, c’est la réflexion autour d’un produit touristique attractif, ce qui est loin d’être compris en Algérie.

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