Tuesday, September 2019

Trump peut-il bloquer ses opposants sur Twitter? Une juge doit trancher

Donald Trump, « accro » à Twitter, peut-il empêcher ses détracteurs de réagir à ses tweets? Sept d’entre eux ont porté plainte contre le président américain pour les avoir « bloqués » sur le réseau social, et une juge new-yorkaise va devoir décider si Trump doit les « débloquer ».

Les sept personnes – parmi lesquels un comédien new-yorkais, un professeur en sociologie du Maryland, un policier texan ou une chanteuse de Seattle – s’insurgent contre ce blocage, qui les empêche depuis plusieurs mois de voir les tweets postés quasi-quotidiennement par le président sur son compte personnel @RealDonaldTrump, et d’y répondre directement.

Leurs commentaires ne figurent donc plus sur le fil des réactions aux tweets du président, un des premiers dirigeants à avoir fait de son compte Twitter son outil de communication préféré, fort de plus de 48 millions de « followers ».

Combien de personnes au total Trump a-t-il bloqué sur Twitter? Personne ne sait exactement, mais « certains estiment qu’elles sont plusieurs centaines », affirme Ujala Sehgal, porte-parole de l’institut Knight de l’université Columbia, un institut spécialisé dans la défense de la liberté d’expression qui a décidé de représenter en justice les personnes bloquées et réclamer le « déblocage » de leur compte.

Parmi ces personnes, Philip Cohen, professeur de sociologie du Maryland, raconte avoir été bloqué en juin dernier, 15 minutes après avoir réagi à un tweet présidentiel en postant une photo de Trump barrée des mots « Corrompu Incompétent Autoritaire ».

Depuis, « je me suis rendu compte que beaucoup moins de gens voyaient mes tweets et que mon efficacité politique, ma capacité à parler avec d’autres citoyens en étaient affectées », a-t-il expliqué jeudi après une audience sur cette affaire au tribunal fédéral de Manhattan.

« Les commentaires (aux tweets présidentiels) sont devenus beaucoup plus positifs, car (M. Trump) a bloqué beaucoup de gens qui le critiquaient », a déploré pour sa part Nicholas Pappas, un comédien new-yorkais bloqué lui aussi par le milliardaire en juin dernier, après un tweet critique sur sa politique migratoire.

« C’était important que notre opinion soit représentée sous ses tweets, et à l’heure actuelle, ce n’est pas le cas ».

Quels sont les arguments juridiques soutenant la plainte de Philip Cohen et Nicholas Pappas? Leur avocate Katie Fallow a argué jeudi, devant une juge fédérale, que le compte @RealDonaldTrump, voulu « ouvert à tous » et utilisé par le président pour annoncer ses décisions et promouvoir sa politique, était devenu un « forum public ».

A ce titre, il est protégé par le premier amendement de la Constitution américaine, et les opposants du président ne peuvent pas en être écartés sans porter atteinte à leur liberté d’expression, a-t-elle fait valoir.

Mais l’avocat du président, Michael Baer, a rejeté ces arguments. Sans nier que les messages postés par le milliardaire sur Twitter soient officiels, il a argué que le président avait le droit, comme tout élu qui se rendrait à une réunion politique, d' »ignorer les remarques d’un manifestant qui serait à la réunion », et de parler uniquement à ses partisans.

Rendre les critiques invisibles

Qui l’emportera? Après avoir écouté deux heures durant les deux parties jeudi, la juge a indiqué qu’elle ne prendrait pas de décision « immédiatement » et déciderait « en temps voulu ».

Mais elle a aussi suggéré un compromis: pourquoi le président ne rendrait-il pas simplement ses détracteurs invisibles sur son fil Twitter, en utilisant la fonction « silencieux », ce qui leur permettrait à eux de suivre le président et de réagir à ses messages, et à Trump de ne pas les écouter?

L’avocate des personnes bloquées, s’est montrée ouverte à cette solution.

« Ce que nous voulons, c’est que le président Trump cesse de bloquer nos plaignants et de bloquer des gens en raison de leurs opinions. S’il fait cela, la fonction +silencieux+ est une option acceptable », a indiqué Katie Fallow après l’audience.

L’avocat du président, Michael Baer, a promis de soumettre cette suggestion à discussion. Mais il a aussi argué que le tribunal « n’avait pas le pouvoir » d’obliger le président à « débloquer » quelqu’un sur Twitter.

La juge l’a cependant encouragé à y réfléchir à deux fois.

« Il y a une chance que vous perdiez » cette affaire, l’a-t-elle prévenu. « Quand il y a un compromis qui sert les intérêts des deux parties, c’est souvent considéré comme l’issue la plus sage ».

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