Saturday, November 2018

Tunisie : la mort d’un manifestant contre l’austérité met le feu dans la rue  

Des échauffourées ont eu lieu en Tunisie mardi soir entre manifestants et forces de l’ordre, au lendemain de la mort d’un homme dans des troubles sociaux alimentés par des mesures d’austérité, sept ans après la révolution.

Des jeunes sont descendus dans la rue par centaines à Tebourba, à 30 km à l’ouest de Tunis, où a été enterré mardi dans l’après-midi l’homme décédé lors de heurts dans la nuit précédente. Des policiers et des militaires déployés en force ont répliqué à des jets de pierre à coups de gaz lacrymogènes, a constaté un journaliste de l’AFP.

Des scènes similaires ont notamment eu lieu dans le centre défavorisé du pays, à Kasserine et à Jelma, localité proche de Sidi Bouzid, d’où était partie en décembre 2010 la contestation sociale marquant le début des Printemps arabes. Des heurts ont également eu lieu à Gafsa.

La polémique perdurait sur les causes de la mort de l’homme, âgé de 45 ans, présenté par des manifestants comme un martyr, alors que les résultats de l’autopsie organisée mardi n’ont pas été rendus publics.

Le ministère de l’Intérieur a démenti que cet homme ait été tué par la police, assurant qu’il ne portait aucune marque de violence.

Lundi soir, « nous n’avons pas vu des protestations mais des gens qui cassent, volent et agressent les Tunisiens », a affirmé le Premier ministre Youssef Chahed sur les ondes de la radio privée Mosaïque FM.

« Nous disons aux casseurs et à ceux qui les incitent que, pour le gouvernement, la seule solution est d’appliquer la loi. (Nous sommes) prêts à écouter mais chaque personne voulant manifester doit le faire de manière pacifique », a-t-il prévenu.

Ces incidents interviennent au moment où la grogne sociale monte en Tunisie, notamment contre la hausse de la TVA entrée en vigueur au 1er janvier dans le cadre d’un budget d’austérité.

Le ministre des Finances, Ridha Chalghoum, a assuré que le gouvernement garderait le cap des augmentations d’impôts.

Des bâtiments publics ont été endommagés et des routes coupées

« Ce qui s’est passé hier constitue une violation de la loi puisque l’état d’urgence est déclaré en Tunisie », a affirmé Khlifa Chibani, porte-parole du ministère de l’Intérieur. Le pays a instauré l’état d’urgence il y a plus de deux ans après une série d’attentats jihadistes sanglants.

Le mois de janvier est traditionnellement marqué par une mobilisation sociale en Tunisie depuis la révolution de 2011, et le contexte est particulièrement tendu cette année à l’approche des premières élections municipales de l’après-révolution, plusieurs fois reportées et prévues en mai.

En janvier 2016, lors de la dernière importante vague de contestation sociale en date, la colère déclenchée par le décès d’un chômeur protestant à Kasserine s’était propagée à travers le pays, qui avait du décréter un couvre-feu des jours durant.

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