Thursday, May 2020

Virus: au moins un million de malades, explosion de morts aux Etats-Unis

Plus d’un million de personnes ont désormais été testées positives au nouveau coronavirus dans le monde, une fraction du nombre réel de malades, et le nombre de décès explose aux Etats-Unis, où près de 1.200 personnes sont décédés en 24 heures, du jamais vu dans un seul pays.

En Espagne, pays le plus endeuillé au monde derrière l’Italie, le nombre de morts en 24 heures a vendredi, comme la veille, dépassé les 900, portant le bilan à presque 11.000 décès au total.

Mais le rythme de hausse des décès, hospitalisations et cas continue de ralentir, assurent les autorités.

En Allemagne, les mesures de restrictions commencent à ralentir la propagation du virus, a estimé vendredi le président de l’Institut Robert Koch, tout en insistant sur la nécessité « de maintenir » ces mesures.

La moitié de l’humanité est désormais soumise à des mesures de confinement, parfois très strictes, avec des conséquences économiques et sociales catastrophiques.

Selon le dernier comptage de l’AFP, au moins 1.035.380 cas ont été détectés dans 188 pays et territoires. Mais le nombre de cas diagnostiqués ne reflète qu’une fraction du nombre réel de contaminations, un grand nombre de pays ne testant que les cas graves.

La maladie a désormais tué plus de 53.600 personnes dans le monde.

Certains de ceux qui ont guéris racontent leur solitude et la peur de mourir. Javier Lara, espagnol de 29 ans, « sportif et non fumeur » s’est retrouvé « en soins intensifs et sous oxygène »: Aux soignants, « je demandais: « Je vais mourir? M’en remettre? Ils me disaient: +Nous ne le savons pas, ce virus est nouveau+ ».

D’autres, comme Diana Berrent, à New York, fait tester son plasma, pour savoir s’il contient, après la maladie, suffisamment d’anticorps pour contribuer aux études sur un possible traitement contre la maladie Covid-19.

« Nous, les rescapés, nous pouvons aider », espère cette énergique photographe américaine de 45 ans, « on pourrait être des superhéros ».

Car si l’Europe reste le continent le plus touché, les Etats-Unis sont en passe de devenir le nouvel épicentre de la pandémie.

Le pays a enregistré 1.169 morts en 24 heures, selon l’université américaine Johns Hopkins, une hausse énorme d’un tiers par rapport au comptage de la veille (884). Et le bilan sur 24 heures le plus élevé jamais enregistré dans un pays.

Bilans alourdis

Le nouveau coronavirus a désormais tué près de 6.000 personnes aux Etats-Unis, où la Maison Blanche estime que l’épidémie devrait faire entre 100.000 et 240.000 morts.

Peur de la maladie, confinement, perte d’emploi ont des conséquences psychologiques dans le pays, où les professionnels de la santé mentale et les lignes téléphoniques de prévention des suicides sont très sollicités.

Les bilans continuent aussi de s’alourdir en Italie (près de 14.000 morts) et en France (plus de 5.300).

En Italie, où le plus grand crématorium de Milan, débordé, a fermé ses portes, et des corps ont été emmenés de Bergame, ville la plus touchée, vers d’autres régions pour être incinérés.

Italie, Espagne, Etats-Unis et France comptent chacun bien plus de morts que la Chine continentale (3.322), pays le plus peuplé du monde où est apparue l’épidémie en décembre, suscitant de forts soupçons sur l’authenticité des chiffres chinois.

Pékin a menti en les sous-évaluant largement, affirme ainsi un rapport confidentiel du renseignement américain, cité par plusieurs parlementaires.

L’inquiétude est grande notamment dans les camps de réfugiés ou de déplacés, en Afrique, encore relativement épargné, mais aussi en Europe.

Dans la « jungle » de Moria sur l’île grecque de Lesbos, des milliers de réfugiés se bousculent sans précaution devant toilettes et douches. « A quoi ça sert de porter un masque alors que je partage les mêmes toilettes que 100 autres personnes? », se désole Hasmad de Kaboul.

Dans le camp de Bakassi dans le Nord-Est du Nigeria, où « il est très difficile de garder ses distances avec les autres », les déplacés se pressent autour de sanitaires et lavabos de fortune installer pour sensibilier les déplacés, chassés de chez eux par le conflit lié à Boko Haram.

Mais le savon ne fera pas de miracle si le coronavirus atteint les quelque 2 millions de déplacés de la région du lac Tchad, et l’épidémie sera catastrophique, avertissent humanitaires et autorités locales.

Economie ou santé

A travers le monde, économies et travailleurs sont les victimes collatérales du virus.

L’activité du secteur privé dans la zone euro a chuté en mars à son plus bas niveau historique, selon le cabinet d’information économique Markit.

Le chômage explose. L’Espagne a enregistré en mars plus de 300.000 nouveaux demandeurs d’emploi. Les secteurs de l’agriculture et de la pêche souffrent de la baisse de la demande et de l’absence de travailleurs saisonniers bloqués par la fermeture des frontières.

Aux Etats-Unis, 6,6 millions de personnes supplémentaires ont demandé une allocation chômage lors de la semaine écoulée, le double du chiffre déjà record de la semaine précédente.

Après l’allemande Lufthansa, la compagnie aérienne britannique British Airways va placer à son tour 60% de ses effectifs en chômage partiel.

Le gouvernement italien, sous pression pour lever les mesures de confinement et relancer l’économie, est face au choix « horrible » de « mettre l’économie en stand-by ou mettre en danger la vie de nombreuses personnes », selon l’Américain Paul Romer, prix Nobel 2018 d’économie.

Après les excuses de la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen qui a regretté que l’Europe ne soit pas plus tôt mobilisé en faveur de l’Italie, le chef du gouvernement italien Giuseppe Conte a appelé l’UE à être plus « ambitieuse, unie et courageuse ».

Malgré les interrogations actuelles sur la solidarité entre les 27, Mme von der Leyen s’est dite convaincue vendredi que l’UE sortirait « plus forte » de la crise sanitaire.

La Commission européenne a proposé de créer un instrument pour garantir jusqu’à 100 milliards d’euros les plans nationaux de soutien à l’emploi.

Et la Banque mondiale s’est dite prête à mettre sur la table jusqu’à 160 milliards de dollars sur les 15 prochains mois pour aider les pays à répondre aux conséquences sanitaires immédiates de la pandémie et soutenir la reprise économique.

L’Assemblée générale de l’ONU a approuvé jeudi par consensus une première résolution depuis le début de la pandémie, appelant à la « coopération internationale » pour combattre la maladie Covid-19.

Mais la compétition sans pitié entre Etats, notamment occidentaux dans la course aux masques médicaux, principalement produits en Asie, montrent l’inverse.

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