Sunday, April 2021

Brésil : Lula recouvre ses droits politiques et peut redevenir président

Ancien métallo au destin tumultueux et chef historique de la gauche brésilienne, l’ex-président Lula montre une fois encore son incroyable capacité à rebondir, après une décision de justice qui l’autorise à se présenter à la présidentielle de 2022.

Condamné pour corruption, emprisonné un an et demi, banni de la présidentielle en 2018, Luiz Inacio Lula da Silva voit soudainement, à 75 ans, l’horizon se dégager après l’annulation par un juge de la Cour suprême de ses condamnations.

Recouvrant ses droits politiques, ce leader aussi adulé que détesté dans le pays et que beaucoup pensaient fini, peut désormais, s’il le décide et sauf nouveau coup de théâtre judiciaire, affronter dans les urnes son ennemi juré Jair Bolsonaro l’an prochain.

Depuis sa libération en novembre 2019, Lula avait été discret, se bornant à de virulentes diatribes contre le président d’extrême droite.

Emprisonné en avril 2018 pour corruption et blanchiment, Lula avait dû renoncer à son rêve de se présenter à un troisième mandat présidentiel en 2018.

Un revers d’autant plus amer que, huit ans après son départ du pouvoir avec un taux record de 87 % d’opinions favorables, le chef historique du Parti des Travailleurs (PT) était donné grand favori.

Se disant victime d’un complot politique, Lula, avec ses avocats, s’est battu sans succès, depuis sa cellule de Curitiba (sud), pour être blanchi.

Il avait été rattrapé par les méandres de l’enquête sur le plus grand scandale de corruption de l’Histoire du Brésil, « Lavage express », sur un gigantesque réseau de pots-de-vin autour de la compagnie publique pétrolière Petrobras.

Le juge anticorruption Sergio Moro, l’avait condamné en 2017 à neuf ans et demi de prison pour avoir obtenu un triplex en bord de mer d’une entreprise de bâtiment en échange de contrats publics. Une peine ensuite réduite à huit ans et dix mois.

Le juge Moro a ensuite été soupçonné de connivence avec les procureurs pour accabler Lula.

Cireur de chaussures

Lula reste perçu comme « près du peuple » et est resté très aimé, surtout dans les régions pauvres du Nord-est. Le PT s’est montré à ce jour incapable de remplacer son cacique.

Mais Lula est aussi farouchement détesté par une partie de la population pour qui il est l’incarnation de la corruption. C’est sur la haine du PT que Jair Bolsonaro a notamment été élu en 2018.

Rien ne prédisposait à un tel destin ce cadet d’une fratrie de huit enfants, né le 6 octobre 1945 dans une famille d’agriculteurs pauvres du Pernambouc (nord-est).

Enfant, Lula a arpenté les rues pour cirer des chaussures. Il a sept ans lorsque sa famille déménage à Sao Paulo pour échapper à la misère.

Vendeur ambulant puis ouvrier métallurgiste à 14 ans, il perd l’auriculaire gauche dans un accident du travail. A 21 ans, il entre au syndicat des métallurgistes et en devient le président en 1975.

Personnage charismatique, il conduit les grandes grèves de la fin des années 1970, en pleine dictature militaire (1964-1985).

Fondateur du PT au début des années 80, Lula se présente pour la première fois à l’élection présidentielle en 1989 et échoue de peu. Après deux nouveaux échecs, en 1994 et 1998, la quatrième tentative sera la bonne, en octobre 2002. Il est réélu en 2006.

Premier chef de l’Etat brésilien issu de la classe ouvrière, il a mis en oeuvre d’ambitieux programmes sociaux, grâce aux années de croissance portées par le boom des matières premières.

Sous ses deux mandats (2003-2010), près de 30 millions de Brésiliens sont sortis de la misère.

Lula a aussi incarné un pays qui s’ouvrait sur le monde, et a conféré au Brésil une stature internationale, avec, notamment, le Mondial de football (2014) et les Jeux Olympiques (2016) à Rio de Janeiro.

Échec cuisant

Idéaliste mais pragmatique, Lula est passé maître dans l’art de tisser des alliances parfois contre-nature ou de se débarrasser d’amis devenus gênants. En 2005, il a décapité la direction du PT, impliquée dans un scandale d’achat de votes.

En octobre 2011, il a souffert d’un cancer du larynx après son départ du pouvoir.

Sa tentative de retour aux affaires en tant que ministre de sa dauphine, Dilma Rousseff, en mars 2016 avait été un échec cuisant, tout comme la destitution de celle-ci en août.

En février 2017, l’ex-président a subi une épreuve intime avec la mort de son épouse, Marisa Leticia Rocco, son soutien indéfectible durant 40 ans.

Mais Lula a retrouvé un nouvel amour, Rosangela da Silva, surnommée « Janja », une sociologue et militante du PT.

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