Tuesday, October 2020

Côte d’Ivoire : Laurent Gbagbo mis hors jeu pour la présidentielle

La justice ivoirienne a bien confirmé la radiation des listes électorales de l’ancien président ivoirien Laurent Gbagbo par la Commission électorale indépendante (CEI). Son avocat, maître Claude Mentenon, l’a annoncé mardi 25 août à l’Agence France-Presse. « Le président du tribunal a entériné la décision de radiation du président Laurent Gbagbo de la liste électorale. C’est un non définitif, il n’y a plus de recours au plan national », a-t-il affirmé. En effet, n’étant plus électeur, Laurent Gbagbo ne peut être candidat.

Plus aucun recours

Tout a commencé début août lorsque l’ex-président mais aussi l’ancien chef rebelle et ex-Premier ministre Guillaume Soro, l’ex-chef des Jeunes Patriotes Charles Blé Goudé et l’opposant Akossi Bendjo, ancien maire du quartier du Plateau à Abidjan, ont découvert, puis contesté leur absence des listes électorales affichées dans les bureaux de vote. Des proches de Soro, qui se dit candidat à la présidentielle du 31 octobre, bien qu’il vive en exil en France, ont contesté la décision devant le tribunal de Korhogo, mais attendent toujours une réponse, a-t-on appris auprès de son entourage.

« Toute personne condamnée pour un délit ou un crime à une privation de ses droits civiques était rayée des listes lors de la révision », avait expliqué Ibrahime Coulibaly-Kuibiert, le président de la Commission électorale indépendante (CEI), lors de la présentation de la révision de la liste électorale début août.

Les quatre hommes, qui vivent à l’étranger, ont tous été condamnés par la justice ivoirienne.

Pas la fin des problèmes pour Gbagbo

Acquitté en première instance par la Cour pénale internationale, Laurent Gbagbo vit à Bruxelles dans l’attente d’un éventuel appel, mais il a été condamné par la justice ivoirienne à 20 ans de prison pour le « braquage » de la Banque centrale des États d’Afrique de l’Ouest pendant la crise postélectorale de 2010-2011.

L’ex-première dame de Côte d’Ivoire Simone Gbagbo a demandé, le 11 août, au président ivoirien Alassane Ouattara « d’amnistier » son époux Laurent. « Les arguments utilisés pour justifier le retrait du nom de Laurent Gbagbo de la liste électorale sont des arguments juridiques très discutables. D’ailleurs, le procès qui a conduit à cette condamnation est lui-même politique et injustifiable », avait indiqué Mme Gbagbo.

D’autant plus que Laurent Gbagbo est également englué dans une autre bataille. Il n’a toujours pas de passeport pour rentrer dans son pays. Son avocate a accusé les autorités ivoiriennes de ne pas vouloir délivrer un passeport à l’ex-président ivoirien pour empêcher son retour au pays avant la présidentielle du 31 octobre. « Nous avons le regret de constater que [le chef d’État ivoirien] Alassane Ouattara refuse de faire délivrer un passeport ordinaire au président Laurent Gbagbo dans le seul but de l’empêcher de rentrer en Côte d’Ivoire, et cela, à des fins électoralistes », a écrit Me Habiba Touré dans un courrier adressé à la presse et parvenu à l’AFP.

Elle affirme s’être rendue « ce jour [25 août] » à l’ambassade de Côte d’Ivoire à Bruxelles : « Il nous a été indiqué que si la demande de passeport avait bien été transmise aux autorités ivoiriennes, ces dernières n’y avaient, pour l’instant, donné aucune suite. »

« Être réduit à s’opposer à la remise d’un passeport ordinaire, acte pourtant anodin dans toute véritable démocratie, met en évidence la régression de la Côte d’Ivoire dans les libertés publiques fondamentales », a accusé l’avocate. Fin juillet, le porte-parole du gouvernement, Sidi Tiemoko Touré, avait assuré : « C’est un Ivoirien comme tout autre. Il recevra ses documents après le traitement. » Laurent Gbagbo, 75 ans, avait aussi introduit une requête pour un casier judiciaire et un certificat de nationalité, des pièces indispensables pour tout candidat à un mandat électif.

Le retour de l’ancien président en Côte d’Ivoire revêt un enjeu politique majeur avant la présidentielle. Son parti, le Front populaire ivoirien (FPI), l’exhorte à se présenter au scrutin. Vendredi et samedi derniers, de nouvelles violences ont eu lieu pour protester contre l’investiture officielle par son parti du président Alassane Ouattara, candidat à un troisième mandat. Les plus violentes se sont déroulées à Gagnoa (Centre Ouest), ville natale de l’ex-président ivoirien Laurent Gbagbo, comme à Bonoua (Sud Est), fief de Simone Gbagbo. Les heurts entre des partisans de l’opposition et ceux du président Ouattara se sont poursuivis avec l’incendie de plusieurs cars de transport, du marché central et d’une trentaine de boutiques. Le climat s’est tendu en Côte d’Ivoire, dix ans après la crise postélectorale qui a fait plus de 3 000 morts.

Des violences qui ont suivi l’annonce de la candidature du président Ouattara à un troisième mandat ont fait au moins 8 morts en août.

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