Tuesday, July 2019

Bouteflika est parti, le système est toujours en place

L’Algérie s’est réveillée aujourd’hui, mercredi 3 avril, sans président. Abdelaziz Bouteflika a notifié, mardi 2 avril, au président du Conseil constitutionnel, sa démission du poste de président de la république.

Les algériens qui manifestent dans la rue depuis le 22 février n’ont pas tardé à fêter cette « victoire ». Des scènes de joie ont marqué la soirée de mardi, notamment dans la capitale, Alger. Ces millions de citoyens, ont d’abord rejeté le 5e mandat de Bouteflika, ils ont ensuite crié « non au prolongement du 4e mandat ». Ils ont donc fini par chasser Bouteflika.

Et maintenant ?

C’est la question qui se pose désormais dans la rue, comme au sein de la classe politique et l’élite. Le départ de Bouteflika aura-t-il acté la naissance d’une deuxième république ? Aura-t-il garanti l’instauration d’un Etat de droit, des libertés et de démocratie ? Ce départ mettra-t-il fin au bradage de l’économie nationale ? Mais, plus important encore : signifie-t-il le départ du système ? Pas forcément.

En effet, les premières réactions dans la rue et à travers les réseaux sociaux laissent apparaître une demi-satisfaction et une prudence propre aux algériens depuis le début du soulèvement. Les algériens disent avoir « gagné la bataille mais pas la guerre ». Le slogan « Yetnahhaw Gaâ » (Ils vont tous partir) retenti encore et ce vendredi 5 avril, le rendez-vous est encore donné pour sortir dans la rue.

« Yetnahhaw Gaâ »

C’est dire que malgré la démission de Bouteflika après un règne de 20 ans sans partage, le plus dur reste à faire. Comment chasser ce système qui s’est imposé aux algériens depuis 1962, les privant de libertés, de démocratie et de leur souveraineté à choisir librement leurs gouvernants. Un système qui empoisonné la vie politique, économique, culturelle, sociale…, alors que le pays dispose de moyens financiers et d’un emplacement stratégique qui peut le classer parmi les nations émergentes en quelques années seulement. Le changement radical demandé par la rue est l’objectif qui reste à atteindre. La bataille commence d’ailleurs ce vendredi. Abdelkader Bensalah qui prendra l’intérim de chef d’Etat, sera sans doute rejeté par le peuple. Mais, pas que lui.

Le système ne se résume pas à la personne de Bouteflika ou de son successeur intérimaire. Dans les institutions élues, les administrations, les entreprises publiques, le Conseil constitutionnel, voire même dans les corps de sécurité, les responsables et les réseaux qui interagissent avec ce mode de fonctionnement du pays imposé aux Algériens sont nombreux. Il n’y aucune règle démocratique qui est respectée. Les médias aussi doivent être radicalement réformés avec des mécanismes de surveillance et de conformité avec le déontologie de ce noble métier.

Un système de gouvernance complexe

Bien que le chef d’Etat-major de l’Armée était il y a à peine deux mois, favorable au cinquième mandat de Bouteflika, sa position en faveur de l’application de l’article 102 de la Constitution a accéléré la chute du Président. Ahmed Gaïd Salah, l’institution militaire dans son ensemble et le peuple sont les seuls garants d’une démocratisation réelle du régime. La première réforme consiste à redonner la parole au peuple pour qu’il construise son pays tel qu’il l’aspire et l’aspirent ces millions de jeunes qui ont fait cette révolution du 22 février. L’application des articles 7 et 8 de la Constitution comme promis doit suivre.

Il va de soi, que cela nécessite d’abord des personnes intègres pour diriger cette période de transition qui devra être marquée par des réformes en profondeur. Il faut donc vite trouver une option de rechange à l’intérim de Bensalah. Aussi, pour consacrer l’Etat démocratique, l’armée se doit de se contenter du rôle d’accompagnement et laisser soins à l’élite et aux représentants du mouvement de construire le pays. « La primauté du politique sur le militaire » tel qu’adopté par le Congrès de la Soummam en 1956, devra signer la naissance de la deuxième république. Il s’agira de corriger le faux départ pris depuis l’indépendance.

« Primauté du politique sur le militaire »

Cependant, pour y arriver aussi, la classe politique doit être nettoyée des parasites. Les formations politiques du pouvoir comme de l’opposition ont été discréditées par les manifestations populaires. Certes, au sein de ces structures, il y a des militants intègres. Et ce sont ceux-là qu’il faut voir émerger. Bouteflika a passé 20 ans à la tête de l’Etat. Des chefs de partis ont fait pareil, d’autres suivent le même chemin. Le système des partis actuellement en vigueur ne permet pas l’émergence de nouveaux politiques et de nouveaux partis.

En définitive, c’est la trajectoire que prendra la période de transition, les personnes qui auront à la mener, qui détermineront si l’Algérie sera mise sur le bon chemin pour aller vers un Etat de démocratie ou pas. Un consensus doit être trouvé au plus vite autour de ceux et de celles qui doivent mener la barque Algérie et garantir l’organisation d’un processus électoral transparent à même de permettre au peuple algérien de choir un président de la république dans quelques mois.

Un vaste chantier

Les réformes dans tous les domaines de la vie publique et de gestion sont un grand chantier qui nécessitera des années. Et ça, les algériens doivent le savoir et en avoir patience, tout en restant vigilants pour réinvestir la rue à chaque fois que leur révolution est menacée de détournement. Les jours à venir nous en diront plus.

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