Wednesday, January 2019

Etat, gouvernance et armée : Mouloud Hamrouche s’exprime

Mouloud Hamrouche brise le silence qu’il s’est imposé depuis 2014 et intervient dans le débat à trois mois d’une élection présidentielle entourée d’incertitudes et de flou. L’ancien chef de gouvernement de l’époque Chadli Benjdid (1989-1991), ne propose pas une sortie de crise, comme beaucoup l’auraient attendu. Il ne se positionne pas non plus vis-à-vis des scénarios et initiatives des partis politiques. Hamrouche livre une vision de ce que devait être l’Etat, distinct de la gouvernance, et parle de ce qui incombe à l’armée.

« L’Etat et la gouvernance nationale sont deux notions et deux problématiques distinctes. Pour l’Etat et les hommes d’Etat, il n’y a que des missions et des devoirs, point de pouvoir. Le pouvoir et son exercice relèvent d’un gouvernement soumis à contrôle », écrit Mouloud Hamrouche dans une longue contribution publiée, ce dimanche 13 janvier sur l’El-watan.

Pour lui, « aucun pouvoir et/ou aucune fonction d’autorité d’Etat ne s’exerce dans l’anonymat, sans habilitation, sans autorisation, sans vérification et sans contrôle a priori et a posteriori ». L’Exécutif, quant à lui, « est un pouvoir politique gouvernant, compétent pour engager et mettre en œuvre des politiques et des actions de régulation, des projets d’innovation, de développement, d’ajustement … », explique-t-il.

Celui qu’on désigna d’« homme des réformes », remonte jusqu’à des phases capitales dans l’histoire de l’Algérie, notamment l’époque de la Guerre de libération nationale dont la proclamation du 1er novembre 54 avait posé comme objectif « la restauration de l’Etat national souverain ».

Et c’est ce model d’Etat-nation qui « avait libéré les peuples d’Europe de l’acte d’allégeance à des monarchies divines », lance-t-il dans un message qui semble viser les tenants du pouvoir. Cette évolution, ajoute Hamrouche, « a autorisé les citoyens à se défaire de leurs gouvernants par la voie des urnes ou de la contestation sans être inquiétés, accusés de trahison… ».

L’ancien candidat à la présidentielle de 1999, ne cache pas cependant ses appréhension de la situation. « Face à ce qui s’apparente à des débuts d’échec dans l’édification de l’État et dans la mise en place des conditions de l’exercice de la gouvernance, le déficit en élites politiques et en de vraies forces d’adhésion, notre pays a besoin plus que jamais de discernement pour faire face aux diverses menaces, peurs, désespoirs et résignations », suggère-t-il. Sans pour autant se positionner, ni même insinuer qu’il serait porteur d’un projet de sortie de crise.

L’homme dont le nom a été collé à l’armée prend également ses distances vis-à-vis de l’institution militaire. En cette conjoncture, Hamrouche ne partage pas les appels à l’intervention de l’armée dans la politique.   « Des expériences et des études, y compris dans de vieux pays structurés socialement et démocratiquement, où l’armée avait servi de base un temps pour gouverner, ont démontré que cela nuit à sa mission et à sa finalité », prévient-il. Et d’ajouter : « De même que cela brouille ses rapports avec la société, menace ses articulations et son organisation, affaiblit sa cohésion et sa discipline. Bien plus, cela force ses composantes, particulièrement le corps des officiers, à adhérer à des idéologies et à devenir partie prenante des conflits internes ».

Input your search keywords and press Enter.