Sunday, March 2019

Face à l’option relancée du 5e mandat : Que fera l’opposition ?

L’opposition a-t-elle un plan B pour l’élection présidentielle ? À trois mois du rendez-vous électoral, si l’échéance se déroulerait dans son délai constitutionnel, toutes les formations politiques de l’opposition sont perdues. Ce constat trouve ses raisons dans le fait que désormais, les partis du pouvoir réorientent leur discours vers une probable candidature de Abdelaziz Bouteflika pour un cinquième mandat.

Vidéo/Présidentielle : Ghoul appelle Bouteflika à « se porter candidat »

Depuis que Amar Ghoul a nié avoir avancé que son appel à une conférence inclusive supposait le report du scrutin et après que Moad Bouchareb ait déclaré que le chef de l’Etat allait convoquer le corps électoral au plus tard dans 25 jours, les scénarios de report et de prolongement de mandat n’ont plus de place dans le débat politique.

Abderrezak Makri a publiquement reconnu, jeudi dans un entretien à Liberté, que son initiative de conférence de consensus « a échoué ». En d’autres termes, le pouvoir ne l’a pas entendu d’une bonne oreille concernant son appel au report de la présidentielle. Pour lui, «la côte du cinquième mandat monte dans la Bourse des options du système ».

Échec

Si l’option du report de la présidentielle est définitivement abandonnée par le pouvoir, il sera difficile pour l’opposition de s’adapter à la nouvelle donne. Pour le MSP de Makri, par exemple, participer au scrutin après avoir défendu bec et angle que « les conditions n’étaient pas favorables » à l’organisation de l’élection, manquerait de crédibilité. Le chef du parti islamiste a pourtant insisté à maintes reprises qu’il sera concerné par cette élection, « d’une manière ou d’une autre ». Comment faire ? Se présenter malgré une candidature de Bouteflika ? Le choix peut facilement être vu comme une offre de service pour le pouvoir, afin d’embellir l’image d’un « scrutin démocratique ». L’impasse dans laquelle se trouve Abderrezak Makri n’est pas différente de la situation que vivent les autres partis de l’opposition. Le FFS, le RCD, Talaie El Hourriyet et le PT.

Le FFS a toujours répété que « la présidentielle n’était pas une priorité », appelant à la reconstruction d’un consensus national. Au pire, l’organisation d’une conférence, selon le plan de Makri ou à l’appel de Bouteflika, comme l’avait suggéré Ghoul, aurait pu l’emmener à participer au débat. Mais, pas avec le retour en force de l’option du 5e mandat.

Paris perdus

Pour le RCD, le boycott semble se profiler aussi à l’horizon. Le parti de Mohcine Belabbas a indiqué à l’issue d’une réunion de son secrétariat national que « devant l’état de délabrement des institutions du pays, la dévastation des corps politiques et la destruction des espaces d’intermédiation, l’organisation d’une présidentielle avec ses lièvres et son bourrage systématique des urnes ne suffit plus à assurer la reconduction du système politique ». Comprendre qu’il ne va être de la course. Le RCD a critiqué la réaction de l’Armée aux propos du général-major à la retraite Ali Ghediri, estimant que « la dernière sortie du chef d’état-major indique tout sauf une attitude de neutralité républicaine ».

Servir de façade ?

En ce qui concerne Ali Benflis, candidat malheureux à la présidentielle de 2014, son long silence sur la position à adopter vis-à-vis du scrutin, n’est pas pour arranger l’image d’un homme qui représente l’alternative. L’ancien chef de gouvernement a misé sur « le respect du calendrier constitutionnel des échéances ». Mais, est-il en mesure de se présenter en avril prochain face à une candidature de Bouteflika ou d’un autre candidat du système ? Ça n’a pas l’air d’être le bon scénario pour un homme qui, à un moment, voulait se donner l’image de celui qui allait rassembler toute l’opposition.

Louisa Hanoune, réélue à la tête du PT en décembre, est toujours indécise, dans l’attente d’« annonces » de Bouteflika pour voir plus clair. La femme politique qui a participé comme candidate à la majorité des élections présidentielles face à Bouteflika ne veut pas se lancer dans l’inconnu.

L’impossible union !

L’autre choix que pouvait adopter l’opposition face au pouvoir, est de présenter un seul candidat pour peser dans la course et pouvoir bien surveiller les urnes. Mais, comme la guerre des mots ne cesse de prendre de l’ampleur, aggravant les écarts entre les partis de l’opposition, cette dernière ne peut espérer, ni prétendre constituer un seul bloc.  Toutes les expériences dont la dernière en date est celle de la conférence de Mazafran, ont démontré qu’au moment décisif, les tiraillements et les luttes de leadership priment.

A décrypter la situation dans laquelle se trouvent donc les partis de l’opposition, cette dernière ne semble avoir aucun ‘’plan B’’ face aux partis du pouvoir qui, eux en l’espace d’un temps record ont changé de discours, passant de « la continuité » qui supposait un report ou un prolongement, à « une élection dans les délais » prélude pour annoncer un 5e mandat. A moins que Bouteflika décide de fausser les calculs de tout le monde.

 

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