Thursday, November 2019

Marches contre le 5e mandat : Une mobilisation populaire, un pouvoir acculé et un futur incertain

Des dizaines de milliers de manifestants, en majorité des jeunes, sont sortis hier dans la rue dans les quatre coins du pays pour exprimer leur refus d’un 5ème mandat pour le président Bouteflika. Une mobilisation qui a démenti les discours des partisans de Bouteflika et a même secoué la tranquillité dans laquelle ils se sont installés depuis l’annonce de sa candidature.

Les marées humaines qui ont envahi vendredi les villes de plus d’une trentaine de wilayas du Nord au Sud et de l’Est à l’Ouest, au-delà des revendications portant rejet du 5e mandat de Bouteflika et changement du régime, étaient une réponse aux partisans de cette candidature qui serait, selon eux, « une revendication populaire ». Ces manifestants ont dit leur mot et il est clair ; c’est non ! Le peuple n’est pas « heureux » comme l’a estimé Ahmed Ouyahia, Premier ministre, clamaient entre autre les manifestants.

Les voix de 5 Millions de militants du l’UNPA dont se vantait Mohamed Alioui, les 500 000 parrainages du FLN ou des autres millions dont parlait Abdelmalek Sellal, directeur de campagne de Bouteflika, n’ont pas suffit pour empêcher des dizaines de milliers d’algérien de sortir dans la rue et dire non à un cinquième mandat pour Bouteflika.

Réponse aux partisans du 5ème mandat

Si les manifestants étaient unanimes pour dire non à un 5ème mandat, leur cible était aussi les symboles de cette candidature. Ainsi, le FLN, Ouyahia, et d’autres soutiens du cinquième mandat n’ont pas été épargné par les slogans des manifestants du 22 février 2019.

De cet appel anonyme pour des marches pacifiques duquel les partisans du « pouvoir » et de « la continuité » avaient mis en garde, s’est explosée une déferlante populaire. « Non au 5e mandat »,  « Echaab yourid isqat ennidam », « FLN dégage ! », ont scandé, entre autre, les jeunes, les moins jeunes, des hommes et des femmes munis d’emblèmes aux couleurs nationales. Les images qu’ont reflété les villes de l’Algérie, de la capitale Alger à Hassi Messaoud, passant par Tizi-Ouzou, Bouira, Boumerdes, Tipasa, Batna, Oum El Bouaghi, Annaba, Constantine, Bejaia, Oran, Tiaret, Mostaganem, Relizane, Ouargla et Laghouat, jusqu’à Touggourt, El-Oued et Adrar, étaient tellement vivantes et sans conteste que le canal officiel de l’Etat, l’agence APS en l’occurrences était obligé d’évoquer des manifestation « pour appuyer des revendications d’ordre politique ».

Confusion au sommet de l’Etat

Face à cette nouvelle donne politique, le pouvoir est devant une impasse de communication. Faire écho de ces manifestations de façon officielle c’est reconnaitre que la candidature de Bouteflika ne fait pas l’unanimité. Comment réagir à cette nouvelle donne à laquelle on ne semble pas avoir préparé un plan B ? Telle est la question qui s’impose. Va-t-il entendre le cri de cette jeunesse qui s’est levée de la manière la plus civilisée pour réclamer « le changement » ? En tout état de cause, les tenants du pouvoir n’ont d’autre choix que de refaire leurs calculs. Que faire ?

Le chef de l’Etat qui doit s’envoler demain dimanche, 24 février, à Genève pour « des contrôles médicaux périodiques », est contesté. Le silence officiel et les timides réactions de l’alliance présidentielle notamment, le SG du FLN, Mouad Bouchareb et Amar Ghoul, président de TAJ laisse entendre qu’au sommet de l’Etat les choses ne sont pas encore tranchées concernant l’attitude à prendre face à cette nouvelle donne politique inattendue.

A contrario, l’opposition qui ne s’est ingérée ni s’est impliquée en locomotive dans ces marches et manifestations, essaye déjà d’investir dans cette déferlante, appelant le peuple à poursuivre le combat et le pouvoir à entendre les revendications exprimées. Histoire de maintenir dans la durée, le mouvement, le plus longtemps possible, pour atteindre ses objectifs. Seulement, l’enjeu désormais est de sauvegarder le caractère pacifique des manifestations. Sur ce, il faut reconnaître que le rôle joué par les services de sécurité qui n’ont pas été jusqu’à utiliser la force contre les manifestants, même à Alger interdite aux actions de rue, est déterminent. Mis à part le jet d’eau et les l’interdiction d’avancer vers le palais d’El Mouradia, on n’a pas vu des images de répression violente.

Bouteflika face à une situation inédite

Il faut dire que Bouteflika n’a jamais fait face à un mouvement de contestation de cette ampleur. Depuis son accession au pouvoir il y a 20 ans, Bouteflika n’a jamais été contesté dans les quatre coins du pays et de telle manière. La logique politique impose que le président et ses partisans réagissent à cette situation inédite. Mais, quel discours tenir après cette mobilisation de vendredi? Que dira, par exemple Abdelmalek Sellal, pour convaincre de la candidature de Bouteflika qui, en plein manifestation contre le 5e mandat va se retrouver à l’étranger pour des contrôles médicaux ? Difficile pour les Ouyahia, Mouad Bouchareb, Amara Benyounès, Amar Ghoul, Sidi-Said… de trouver les mots en pareilles circonstances ou de trouver de nouveaux éléments de langages capable de calmer la colère de la rue.

Scénarios

Par ailleurs, plusieurs éléments vont déterminer les événements à venir. La durée de la mobilisation, l’attitude du pouvoir et de l’opposition, sont des éléments à prendre en considération pour l’après 22 février qui s’annonce mouvementé.

Si l’appareil du pouvoir est toujours en place et reste plus au moins solide, il n’en demeure pas moins qu’il devienne de plus en plus difficile pour les décideurs de ne pas envisager une solution plus au moins consensuelle. C’est peut-être dans ce sens que Bouteflika a proposé une conférence nationale de consensus après les présidentielles, sauf que la dynamique politique et changeante et a pris toute la classe politique de court. Bouteflika accélérera-t-il le processus de réforme avant les présidentielles ? Où essayera de gérer ce scrutin présidentiel incertain en attendant de réunir les conditions pour tenir la conférence de consensus ?

Autant de questions qui se posent en ce moment dans toutes les sphères politiques et populaires. Reste à savoir comment les choses vont évoluer cette semaine qui s’annonce déjà décisive.

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