Friday, September 2020

Report de la présidentielle… de la rumeur à l’option politique envisageable !

Jamais une idée aussi inattendue n’a fait autant de bruit ni suscité autant de débat, d’écho et de propositions sur les mécanismes de son application. Le report de l’élection présidentielle 2019 occupe de plus en plus l’actualité nationale et capte l’attention des partis politiques, de l’opposition comme du pouvoir.

« Le consensus d’abord, la présidentielle après », le scénario fou de Makri et Ghoul  

Pourtant, l’on est parti du stade de la rumeur. En novembre dernier alors que l’Assemblée populaire nationale (APN) vivait au rythme d’une incroyable bataille entre les députés de la majorité présidentielle et Saïd Bouhadja, président de la Chambre basse du Parlement, -laquelle s’est terminée par la destitution de ce dernier-, une petite lecture s’invite au débat : Le pouvoir cherche à fabriquer une crise pour justifier la dissolution de l’APN et permettre le prolongement du mandat du Président Abdelaziz Bouteflika. Scénario hallucinant auquel rare sont les chefs de partis et personnalités qui y prêtent une attention.

Ould Abbès : un limogeage « tactique »

Mais, à peine réglée la crise de l’APN avec « l’intronisation » de Mouad Bouchareb porté au poste de président de la chambre basse, qu’un autre élément s’invite dans l’analyse. Le limogeage de Djamel Ould Abbès du poste de secrétaire général du FLN s’avère révélateur. Fervent défenseur d’un 5e mandat pour le Président Bouteflika, son maintient ne semblait pas arranger le plan des décideurs qui veulent tenter l’idée de prolonger l’actuel mandat. Tactique oblige. D’ailleurs, Mouad Bouchareb, coordinateur de l’Instance dirigeante du FLN, prônera un autre discours. « Nous nous exprimerons au moment voulu, mais notre candidat est connu ».

Réformes politiques: l’Alliance présidentielle « prête à étudier » les propositions

Les autres partis de l’Alliance présidentielle, le RND, TAJ et MPA n’ont jamais été jusqu’à suivre Ould Abbès dans son délire. Leur prudence arrangeait surement la thèse du prolongement d’autant qu’ils ne parlaient que de « la continuité ». Tant que l’état de santé de Bouteflika ne permettait pas à son cercle restreint de décider de la possibilité d’un 5e mandat, autant entretenir le débat autour de l’idée du report de l’élection pour sonder l’opinion.

Le coup de pousse d’Abderrazak Makri

Et c’est là qu’entre en scène encore un acteur inattendu. Abderrezak Makri. Le chef du MSP qui n’a jamais cessé de crier que son parti sera concerné par l’élection présidentielle 2019, fait un virage à 180° et demande le report du scrutin pour permettre de réaliser le consensus. Makri évite soigneusement de parler du rôle de Bouteflika dans cette option, entretenant plus de flou. Mais, Amar Ghoul, président de TAJ, lui, exprime les « non-dits ». En appelant à une conférence de consensus sous l’égide de Bouteflika et renvoyant en second plan l’élection, il aura affiché les intensions d’un certain clan au pouvoir. Car, il est admis que Ghoul n’aurait jamais parlé sans avoir un feu vert de ses protecteurs. Dire que sa sortie était comme un ballon de sonde pour tester les différentes réactions.

Ghoul pour « sonder » les échos

Maintenant, l’idée ne divise pas l’opposition et le pouvoir. Amara Benyounès, président du MPA, a déclaré mardi que son parti était « prêt à étudier toutes les propositions ». Ce n’est plus un tabou désormais. Reporter l’élection présidentielle semble même être au cœur du « consensus » revendiqué par les uns et les autres. Seulement à chacun sa façon de l’exprimer. « Continuité », « report », « conférence nationale d’abord » ou encore « silence » pour le moins complice de certains, toute la classe politique donne l’impression d’avoir signé un accord secret qui ne dit pas son nom. L’objectif étant de garantir une fin de règne « honorable » au chef de l’Etat au pouvoir depuis 1999 et après, place à la concurrence démocratique. D’où les nouveaux éléments du puzzle apportés par Makri  qui parle de « réformes politiques profondes », allant de la réduction des prérogatives du Président, à la désignation d’un gouvernement issu du Parlement, passant par la révision de la Constitution, de la Loi électorale et de l’Instance de gestion des élections…

Quoi qu’on dise sur l’aboutissement ou non de ce scénario devenu sérieux, l’option est sur la table et ne connait pas une résistance visible. Néanmoins, l’on sera fixé sur la tenue ou non de la présidentielle en avril prochain à la mi-janvier puisque le président de la république doit convoquer le corps électoral trois mois avant la date du scrutin.

Abderrazak Makri : « Prolonger sans réformes politiques sérieuses est pire qu’un 5e mandat »

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