Monday, August 2020

Arboriculture à Aïn Defla : le feu bactérien à l’assaut du poirier

Deuxième espèce arboricole fruitière après la culture de l’olivier, mais la première en termes de volume et de valeur de production de fruits, toutes espèces confondues à l’échelle de la wilaya de Aïn Defla, la culture du poirier est, cette année, sérieusement menacée par le feu bactérien, une maladie affectant les arbres fruitiers et dont l’impact négatif sur la production « est indéniable », soutiennent des professionnels du secteur.

Alors qu’elle caracolait, l’année passée, en tête des wilayas productrices de ce fruit à pépins avec une production annuelle avoisinant les 750 000 qx, ne voilà-t-il pas que l’avènement de cette maladie bactérienne à Aïn Defla est venue compromettre la campagne de cueillette de la poire dont le coup d’envoi est prévue pour la mi-juillet en cours, souligne-t-on.

Faisant état de plus de 80 % de ses vergers affectés par le feu bactérien, Moussa Sahnoune, un arboriculteur disposant de 7000 poiriers dans la région d’Arrib (14 km au nord du chef-lieu de wilaya), constate « une plus grande virulence » de la bactérie comparativement aux années précédentes.

« Par le passé, la bactérie touchait, de façon générale, les branches, mais cette année, même les fruits ont été affectés », déplore-t-il, signalant que les analyses qu’il a faites à l’Institut national de protection des végétaux (INPV) attestent, de manière formelle, que les poiriers ont été infectés par le feu bactérien.

Selon lui, des arboriculteurs des régions de Djendel, Aïn Soltane, Khémis Miliana, Aïn Defla, Djelida et Bir Ould Khélifa lui ont fait part du même constat, en dépit du fait qu’ils aient recouru aux pesticides d’usage.

S’attardant sur la réputation des poires produites à Aïn Defla, il observe que celle-ci s’explique, principalement, par la fertilité du sol (riche en calcium), mais également par rapport aux conditions climatiques sévissant en temps « normal ».

« L’année dernière, nombre de commerçants disposant de chambres froides à Blida et à Alger ont acheté la quasi-totalité de la production de poires de Aïn Defla compte tenu du fait que celles-ci garde toutes leurs propriétés même conservées durant une période relativement longue », révèle-t-il.

Du côté de la Direction des services agricoles (DSA) de Aïn Defla, il ne fait pas l’ombre d’un doute que les conditions climatiques caractérisées par un hiver doux et sec (décembre 2019, ainsi que les mois de janvier, février et les ¾ de mars) ont favorisé l’apparition du feu bactérien.

Pour l’inspecteur phytosanitaire à la DSA, Bélaïd Sid Ahmed, les conditions climatiques « exceptionnelles » ayant sévi de décembre à mars ont provoqué le déséquilibre physiologique de l’arbre, accélérant ainsi l’apparition prématurée des bourgeons, un état de fait qui, soutient-il, « a favorisé le déploiement de la bactérie nuisible ».

Relevant que l’apparition du feu bactérien à l’échelle de la wilaya remonte à l’année 2008 (vergers de poires à Djelida, au sud-est de la wilaya), Belaïd Sid Ahmed note que cette maladie « est restée en veilleuse », attendant que les conditions climatiques lui soient propices pour faire valoir sa capacité destructrice.

Diversifier les variétés, l’une des issues « salvatrices »

Mais pour cet ingénieur agronome, le fait que les arboriculteurs jettent, depuis des années, leur dévolu sur la variété de la poire nommée « Santa Maria » (pour des considérations purement commerciales, mais également pour son rendement, sa rusticité et sa bonne conservation) a permis à la bactérie de s’y adapter, accomplissant des ravages lorsque les conditions climatiques lui sont propices.

« Par le passé, il y avait la + Guillou +, la + Williams + et la + Pascara +, des variétés nettement plus résistantes à la bactérie, mais le fait que les arboriculteurs n’optent que pour la Santa Maria au regard, notamment, de ses avantages commerciaux n’a pas été sans risques, la bactérie s’adaptant mieux à cette variété », explique-t-il.

Notant que le feu bactérien ne touche pas uniquement les poires, mais aussi les rosacées (fruits à pépins et à noyaux), à l’image du néflier ou de la pomme, le chef de service des inspections vétérinaires et phytosanitaires à la même direction, Haouès Benyoucef, a observé, pour sa part, que la dangerosité de cette maladie réside, le plus souvent, dans ses manifestations asymptomatiques.

« Souvent, pour ne pas dire toujours, les manifestations du feu bactérien sont asymptomatiques dans la mesure où la bactérie est présente au niveau des vergers, mais ne peut être décelée qu’à travers les analyses de laboratoires », a-t-il fait savoir, se réjouissant que la pomme ait été épargnée cette année par le redoutable microbe.

Il a déploré le fait que certains vergers aient été touchés à 100 % par le feu bactérien, un état de fait qui, a-t-il précisé « a été exacerbé par le fait que 90 % des cultures de poirier à l’échelle de la wilaya sont dédiées à la Santa Maria. »

Le même responsable a, par ailleurs, estimé que l’avènement de la pandémie du nouveau coronavirus (Covid-19) a empêché les arboriculteurs de sortir dans les champs en vue de traiter leurs cultures et de tenter, un tant soit peu, de contenir le feu bactérien.

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Observant que certains procédés de taillage et d’élagage accélèrent la dissémination de la maladie à travers le territoire de la wilaya, Amar Saâdi, un ingénieur agronome à la retraite a, pour sa part, mis l’accent sur la nécessité de procéder à l’arrachage des plants atteints par le feu bactérien afin, assure-t-il, de sauvegarder les jeunes plantations de poiriers effectuées dans le cadre de l’extension et du renouvellement des vergers anciens.

M.Saâdi, ayant par le passé occupé la fonction de chargé des statistiques à la DSA de Aïn Defla, relève l’importance de l’organisation de rencontres périodiques impliquant les responsables du secteur au niveau local (DSA, chambre d’Agriculture, Conseil professionnel) en vue de « réfléchir à une stratégie à même de sauvegarder cette culture et d’assurer son essor et son développement durable en terme de qualité, de rendement et de diversification variétale ».

« Menée comme il se doit, cette démarche à laquelle il y a lieu d’associer les chercheurs de l’université ainsi que ceux de l’Institut des techniques arboricultures fruitières (ITAF), des experts nationaux ou étrangers, permettra, à coup sûr, à la filière arboricole de se développer davantage au niveau de la wilaya », a soutenu M. Saâdi.

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