Projet pour la préservation de son patrimoine bâti: Ath Yenni (Tizi-Ouzou), terre de muse et d’Histoire  

Commune constituée de 7 villages coincés sur une crête du Djurdjura, Ath Yenni, terre de muse et d’Histoire qui a donné à la culture et la Révolution algérienne de grands noms, a initié un projet pour la préservation de son patrimoine bâti.

L’exigüe et principale route desservant l’étroit chef-lieu de commune d’Ath Yenni ainsi que tous les villages construits le long de cette voix de communication, dévoile, après quelque centaines de mètres, au lieu-dit Vava Hamza, sur une statue en bronze posée sur un socle en roches brutes et naturelles extraites du giron du Djurdjura, un homme qui a marqué la culture et l’identité nationale par son oeuvre littéraire et ethno-anthropologique.

La stèle à l’effigie de Mouloud Mammeri, l’enfant du village Taourit Mimoune, rappelle aux visiteurs que cette petite commune d’un peu plus de 6 500 habitants, agrippée à un flanc de montagne à 900 mètres d’altitude, a enfanté un grand homme de lettre, de culture et un ethno-anthropologue  attaché à l’identité millénaire de son pays.

Pourtant, l’auteur de « La colline oubliée » n’est pas le seul nom dont se targuerait les Ath Yenni. Cette localité a aussi donné d’autres grands hommes dont la renommée a dépassé les frontières du pays, à l’instar des chanteurs Idir et Brahim Izri, de l’islamologue, philosophe, professeur d’université et militant du dialogue interreligieux, Mohammed Arkoun, du chahid Dr Nedir Mohamed, et du Moudjahid et officier du corps de la santé de la wilaya III historique, Mustapha Laliam.

Ath Yenni c’est aussi une histoire d’art, art de transformer l’argent en bijoux sertis de corail dont se parent les femmes de cette région, réputées pour leur beauté, de fabriquer des outils, des armes blanches et des armes à feu et de frapper la fausse monnaie. A propos de cette dernière activité et selon des témoignages recueillis sur place, des artisans reproduisaient la monnaie pour notamment payer les impôts de plus en plus élevés exigés par les autorités turques de l’époque.

Un témoin matériel de fabrication de fausse monnaie est toujours visible dans le village d’Ath Larbaa. Il s’agit de la mosquée turque reconnaissable à ses arcades, un élément d’architecture qui n’est pas utilisé en Kabylie.

Ce lieu de culte que l’association locale « Tamurt développement » a fait découvrir à des visiteurs, fin avril écoulé, a été construit pour sceller l’accord à l’amiable, entre les Ath Yenni et le Dey d’Alger, d’arrêt de fabrication de la fausse monnaie qui sabordait l’économie.

« Ces métiers artisanaux sont concentrés principalement dans le village d’Ath Larbaa, bastion de bijoutiers, et Ath Lahcene, dont la ferronnerie et l’armurerie ont fait la réputation », a indiqué Senhadj Mohamed, président de l’association pour le développement local et solidaire (ADLES).

Un projet pilote pour la préservation du patrimoine bâti et la mémoire  collective

Pour préserver ce riche patrimoine et la mémoire collective qu’il véhicule, l’association Tamurt développement en partenariat avec « ID méditerranée » et l’Assemblée populaire communale (APC) d’Ath Yenni, a lancé, il y a quelques jours, à partir des villages Ath larbaa et Ath Lahcène, un projet intitulé « Ath yenni, patrimoine local mémoire partagé ».

Une première sortie repérage des sites à protéger a été organisée par les porteurs de ce projet en présence du président d’APC, Smail Deghoul, des présidents des comités de ces deux villages, et de représentants de l’Assemblée populaire de wilaya (APW) et de la direction de la culture représentée par Boussaad Hadjira et Bouahadoun Noura du service patrimoine, partenaire dans cette démarche pour le classement des « sites remarquables ».

« Il s’agit, à travers ces sorties, de réaliser un inventaire du patrimoine matériel qui pourra faire l’objet d’un classement », a indiqué Mohamed Kemmar, président de l’association Tamurt développement, qui a fait savoir qu’une trentaine de « sites remarquables » ont été recensés à Ath Yenni dont des fontaines, des moulins, des forges, des villages, des mosquées et autres monuments historiques.

En plus de la sauvegarde du patrimoine bâti, l’autre objectif de ce projet est « d’intégrer cette richesse dans une perspective de marketing territorial et de développement économique local, notamment par la création d’activités de tourisme solidaire et alternatif autour de circuits thématiques et par l’organisation de séjours-découverte », a ajouté M. Kemmar.

La sortie de repérage effectuée au village d’Ath Larbaa a été l’occasion de visiter une partie de ce patrimoine matériel dont la fameuse mosquée turque, le lieu-dit Jeddi Amara où  habitait un saint, Tajmaath Imaouchene où les hommes du village tiennent des assemblées pour prendre des décisions concernant la communauté villageoise, un château d’eau, une ancienne bijouterie et la maison où avait séjourné, entre 1913 et 1914, l’ethnologue allemand Léo Frobénius, dans le cadre de ses travaux sur les communautés africaines.

Le village en lui-même avec ses anciennes maisons en pierres sèches encore conservées et qui côtoient des bâtiments modernes ayant commencé à envahir le hameau, ses Djemaa, ses ruelles étroites surmontées de meurtrières pour guetter l’ennemi, ses vieilles portes en bois de chêne sculpté, vestige d’une ébénisterie jadis florissante dans la région, est en lui-même un site qui suscite la curiosité.

« Ath yenni, patrimoine local, mémoire partagé » vise justement à susciter une prise de conscience citoyenne pour la préservation de ce patrimoine porteur d’une mémoire collective ainsi que les autorités compétentes pour sa protection, a indiqué M. Kemmar, annonçant qu’il est prévu, dans le cadre de ce projet, la pose de plaques signalétiques pour fixer matériellement et indiquer aux visiteurs ces sites porteurs d’un pan de mémoire des Ath Yenni.

A l’issue de ce projet, il est prévu, entre autre, l’édition d’un guide sur le patrimoine matériel et historique des Ath Yenni, l’organisation d’une exposition itinérante sur ce même thème qui sillonnera l’Algérie et certains pays étrangers, l’élaboration de dossiers de classement des sites qui seront repérés et la signalisation des sites et monuments, a ajouté M. Kemmar.

Une maison de tourisme et de l’artisanat pour valoriser le patrimoine local

Pour mettre en valeur ce riche patrimoine, la commune d’Ath Yenni a bénéficié de l’inscription d’un projet d’une maison de l’artisanat et du tourisme qui abritera également un musée du bijou traditionnel en argent serti de corail et d’émaux des Ath Yenni, ainsi que des espaces de vente et des ateliers-vivants pour la fabrication du bijoux et d’ébénisterie, a indiqué à l’APS M. Deghoul qui a fait savoir que l’avis d’appel d’offre a été lancé récemment pour le choix de l’entreprise de réalisation.

« Ath Yenni, patrimoine local mémoire partagé » permettra de faire « revivre » les sites, monuments et personnalités de notre commune et de relancer le tourisme dans la région », a soutenu le même président d’APC qui a annoncé que la commune d’Ath Yenni va créer des circuits touristiques autours des thématiques « Rondes des sources et fontaine », « Route des saints locaux » et « Route des villages », qui intégrera les sites qui seront retenus dans le cadre de ce projet.

La formation de cinq guides touristiques dans le cadre de ce même projet initié par l’association Tamurt développement est une aubaine, puisque ces futures guides vont prendre en charge le circuit touristique pour faire découvrir aux touristes les lieux à visiter tout en leur fournissant des explications sur les endroits à visiter.

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