Monday, November 2020

Casbah d’Alger: des conditions de vie des plus difficiles (Reportage)

La réhabilitation et la préservation des sites historiques nationaux, parmi lesquels beaucoup ont été, jusqu’à tout récemment, laissés à l’abandon, précipitant leur pillage et leur dégradation, est une question qui se pose avec acuité dans notre pays. La conservation est un concept reconnu, vital quant à la survie du patrimoine historique généralement et celle du patrimoine historique bâti en particulier. Mais qui « reste hélas, relativement peu répandu dans beaucoup de pays du tiers monde, et notamment en Algérie, où la protection du patrimoine historique n’y est pas appréciée à sa juste valeur » estiment les professionnels de la question. C’est le cas notamment de la Casbah d’Alger.

 En effet,  le centre historique de la capitale, classé au patrimoine mondial de l’humanité par l’Unesco 26 ans auparavant et dont on célèbre la journée nationale ce 23 février, n’a plus la force, comme ces habitants, d’«attendre et (de) croire à des solutions miracles» de restauration et de relance économique et touristique. Une perspective qui semble, aux yeux des riverains, s’«éloigner au fil des années ».

 Rassemblés dans les quelques cafés populaires de la Casbah, dans ses rues marchandes, des habitants se lancent dans un énième épilogue sur  leur cité, leur quotidien de plus en plus pesant, mais refusent d’abdiquer devant cette «fatalité» implacable qui semble poursuivre la vieille médina d’Alger promise, depuis des lustres pourtant, à une réhabilitation qui la sauverait du déclin.

52 000 Habitants dans 105 hectares

Au-delà de la restauration du bâti traditionnel, qui n’est palpable qu’à travers quelques expériences menées des mosquées et des palais, de nombreux habitants de la Casbah, rencontrés par l’APS, évoquent «un cadre de vie des plus difficiles» dans une cité «surpeuplée»  (plus de 52.000 habitants dans un espace de 105 hectares) et privée de tout confort «moderne». Habitant une grande maison de la basse Casbah occupée par sa famille depuis près d’un siècle, affirme-t-il, Fodhil regrette «l’abandon total» dont souffrent ces quartiers «livrés» au commerce informel et aux déchets qu’il génère. «Notre maison, comme plusieurs autres dans le voisinage, n’a besoin que de petits aménagements et quelques retouches esthétiques», mais les «principaux soucis commencent une fois passé le pas de la porte», confie-t-il. «Garer sa voiture, rejoindre les stations de transport, emmener ses enfants à l’école ou leur faire, simplement, prendre l’air devient au quotidien un véritable parcours du combattant quand on habite au cœur de la Casbah, devenu au fil du temps un bazar à ciel ouvert, fulmine ce natif de la casbah. «Pour faire du sport, aller au collège ou au lycée, pour trouver un espace vert ou se soigner, il faut sortir de la Casbah», renchérit Halim, un père de famille né à la fin des années 1940 dans la maison qu’il occupe toujours avec ses enfants et sa nombreuse fratrie.

L’aspect de chantier perpétuel qu’offre la Casbah au visiteur, les lenteurs dans le lancement effectif d’une restauration attendue depuis plus de 30 ans, et ces madriers imposants posés depuis longtemps en guise de travaux d’urgence… finissent par installer une ambiance qui pousse ses habitants à quitter leurs maisons.

Activités culturelles et économiques au point mort

Face à la mosquée de Sidi Ramdan (haute Casbah), un petit café-restaurant est devenu en quelques années la halte préférée des visiteurs et le repère des «anciens» du quartier. Yacine, son gérant, qui s’accroche, comme il peut, pour faire vivre son commerce dans cette Casbah dont les visiteurs, algériens et étrangers, dit-il, sont  généralement «émerveillés par ce patrimoine», mais regrettent que le «potentiel» qu’elle recèle soit à ce point «ignoré», nuance-t-il. En contact avec les visiteurs et familier des guides, il déplore la rareté des commerces et équipements «qui doivent accompagner ce discours de relance touristique dont tout le monde parle». Pour lui, il ne reste «plus grand chose à visiter», à cause du comportement d’occupants en attente de relogement qui, en plus de «squatter des «ruines», «se livrent en toute impunité à bloquer l’accès» aux ruelles et impasses, en érigeant des «bidonvilles et autres des aménagements défiant tout bon sens», accuse-t-il. Cette «spécificité» de la population conjuguée au manque d’espaces, de jardins publics et de structures sociales participent à la dégradation du cadre de vie dans la Casbah et par ricochet la détérioration du tissu urbain lui-même qui devient ainsi difficile à maîtriser, estiment les experts eux-mêmes. Malgré cette situation et l’effondrement de plus de 370 douiret (20% du parc immobilier) laissant des plateformes béantes dans la cité, l’activité de guide touristique commence à se développer. Mais là encore les structures de base ne suivent pas: bureau du tourisme, restaurants, cafés, boutiques de souvenirs, voire des toilettes publiques sont quasiment inexistants.

Les obstacles qui se dressent sur le chemin de la réhabilitation du patrimoine moral et matériel de la Casbah, sont presque les mêmes qui font que le secteur touristique algérien est à la traine. Un plan de redynamisation globale et vision stratégique sont des préalables inéluctables pour réussir toute opération de réhabilitation. Faute de quoi, toutes les opérations de relance de ce secteur connaitront le même résultat, l’échec.

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